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CHU en action 01

La sobriété énergétique au CHU

Un contexte contraint renforçant les engagements de l’hôpital. A chaque retour de crise c’est la même histoire qui se répète : le cours du pétrole varie, l’économie connait des difficultés, le prix à la pompe augmente et l’entièreté des biens et services deviennent plus couteux. Ce que vient nous rappeler la crise liée au blocage du détroit d’Ormuz – et de façon plus générale, le contexte géopolitique – c’est qu’il faudra désormais anticiper les possibles variabilités au niveau des approvisionnements (et surtout en ce qui concerne les énergies fossiles). A ce propos, vous trouverez dans le texte qui suit une liste d’aménagements mis en place au sein de l’établissement pour diminuer nos consommations. Suite à cela, vous trouverez une présentation succincte du rapport Meadows – document publié en 1972 et resté dans la mémoire collective comme la première étude scientifique actant le caractère limité des ressources disponibles sur notre belle planète. Bonne lecture !

Un contexte contraint renforçant les engagements de l'hôpital

Pour mieux gérer la contrainte, plusieurs leviers sont actionnables en ce qui concerne nos consommations énergétiques. La bonne nouvelle, c’est que le sujet n’est pas neuf et depuis plusieurs années, le CHU est engagé dans une démarche – directe ou indirecte – d’optimisation mais aussi de réduction de la consommation énergétique. Nous avons dressé une liste – non-exhaustive – d’actions menées sur différents fronts au sein de l’établissement :

  • Installation de capteurs visant à surveiller et réduire la consommation énergétique:
    • Modernisation de l’éclairage et installation de systèmes de pilotage automatique ;
  • Modernisation des appareils, suivi de l’entretien, changement des usages:
    • Les congélateurs anciens fonctionnant parfois à -80°C, dispositifs consommateurs, sont remplacés progressivement par des modèles à -20°C, moins énergivores ;
    • Changement des filtres et détartrage des lave-vaisselles ;
    • Suppression de l’eau chaude dans les sanitaires ;
  • Isolation et rénovation:
    • Récupération de la chaleur des tours aéro-réfrigérantes pour préchauffer l’eau chaude des salles de bains ;
    • Remplacement de fenêtres sur les bâtiments Delarue, la chambre mortuaire, et le self de l’hôpital Charles Nicolle ;
    • Simulation thermique dynamique réalisée sur les bâtiments Derocque et Dévé pour optimiser les solutions d’isolation ;
  • Privilégier la mobilité bas-carbone:
    • Existence d’une charte télétravail et promotion de la visioconférence ;
    • Mise à disposition d’une flotte de véhicules électriques pour les professionnels de santé ;
    • Le CHU, acteur du club PDME: 75 % de l’abonnement au réseau « Astuce » est remboursé en cas de souscription + tarifs préférentiels (-20% sur le tarif de base) ;
    • Favoriser la mobilité douce:
      • 75 % de l’abonnement « Lovelo » est remboursé en cas de souscription ;
      • Parkings sécurisés disponibles pour les cyclistes ;
      • Obtention du label « employeur pro-vélo », ayant permis de financer des infrastructures favorisant la pratique du vélo ;
      • Organisation d’évènements et campagne de sensibilisation ;
    • La prime Forfait Mobilité Durable (100 à 300€) à destination des professionnels de santé utilisant comme moyen de locomotion leur vélo personnel ou ayant recours au covoiturage ;
    • Développement du covoiturage (application de covoiturage dédiée aux professionnels du CHU). Si vous souhaitez vous inscrire sur la plateforme dédiée, c’est par ici : Pour en savoir plus sur le covoiturage

C’était il y a plus de 50 ans

Le 3 mars 1972, une équipe de chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) présentait les résultats d’une vaste étude menée pendant près de 2 ans – ouvrant le domaine vaste de la « dynamique des systèmes ». Le rapport qui en compilera les résultats reste aujourd’hui bien connu : « Limits to growth », (mal)traduit dans les premières années « Halte à la croissance » puis « Les limites à la croissance ». Voici quelques éléments de contexte :

  • Les chercheurs du MIT que l’on sollicite sont financés par de puissants industriels (regroupés dans le « Club de Rome ») qui cherchent à savoir quels seraient les éventuels freins à leurs entreprises (nous sommes alors à la fin des « Trente Glorieuses » et le rapport final sera livré un an avant le choc pétrolier de 1973) ;
  • Ces travaux ouvrent le champ de la « dynamique des systèmes », donc. Aidés par les premiers modèles informatiques, les chercheurs ont « modélisé » l’humanité et les flux qui garantissent son « fonctionnement » dans un modèle de simulation baptisé « World3 »: stock de ressources disponibles, évolution de la population globale, nombre d’hectares cultivés, production industrielle, évolution des niveaux de pollution, etc. Ce qui permet d’observer à croissance constante comment les courbent montent et titillent ou dépassent « les limites » du systèmes Terre.

Les aspects novateurs de cette production sont multiples, toutefois si l’on doit retenir un élément central, c’est la façon dont des relations sont établies entre ; la quantité de ressources disponibles ; la production mondiale de biens ; les externalités négatives. Par exemple, comment la croissance de la pollution est inextricablement liée à celle de la production industrielle pouvant conduire à une baisse de la production alimentaire ainsi que de la démographie. Plus généralement, la finitude du monde est représentée en langage mathématique dans les conclusions de ce rapport. On prend alors conscience que la quantité de ressources disponibles est limitée, qu’une partie de ces ressources est non-renouvelable (comme les énergies fossiles) et que c’est la profusion de ces dernières qui permet la croissance économique mondiale.. tout en contribuant à la dégradation de l’environnement.

"La courbe de la croissance économique ne montera pas jusqu’au ciel . "

Donella Meadows · LIMITS TO GROWTH, 1972

Les premières notion « d’effondrement » suivent la sortie de ce rapport, car au niveau des modèles ce qui se traduit par « un changement d’état » – une variation rapide d’une des courbes vers le bas – est traduite par ce terme.

Cinquante ans plus tard, les avertissements clés laissés par le rapport au Club de Rome restent toujours d’actualité. Surtout que les prévisions de 1972 – surtout celles du scénario « business as usual » où l’humanité aurait priorisé la croissance économique au détriment de la préservation des écosystèmes – sont loin d’être incohérentes avec l’évolution du monde actuel. Plusieurs études, dont une parue en 2020, corrobore ce fait par une mise à jour du modèle World3 utilisé initialement pour réaliser « Limits to growth ».

« Le monde contraint » tel qu’il est potentiellement décrit dans le rapport se manifeste de plus en plus à nous.

Relire cet ouvrage en 2026 s’avère salutaire. Cette réalité de la contrainte couplée au contexte d’urgence climatique et environnementale nous pousse à considérer l’importance d’intégrer la dimension « transition écologique » dans chacun des spectres de la société contemporaine afin de réduire les risques associés à tout bouleversement futur… et donc accroitre notre potentiel de résilience.  

Modèle World3 _ Standard Run

Source : Turner, Graham M. 2012, « On the Cusp of Global Collapse? Updated »

Les auteurs

L’équipe du MIT · 1972

Ils sont surtout quatre (Jorgen Randers, Donella et Dennis Meadows, William W. Behrens III) à avoir été mis sur le devant de la scène. Pour parler du rapport – pour l’avoir présenté ou synthétisé – dans une époque où les conclusions de ce dernier allaient à l’encontre des croyances économiques d’alors. Mais ce sont surtout deux d’entre eux, le couple Donella et Dennis Meadows, à qui l’on va attacher l’étiquette d’auteurs principaux car, comme le dit la citation : « Dennis l’a dirigé, Donella l’a rédigé ».

Repères chronologique

1970

Le Club de Rome mandate le MIT. Début des travaux sur le modèle World3.

1972

Publication de Limits to Growth. 30 millions d'exemplaires vendus dans le monde.

1973

Premier choc pétrolier. Un an après les avertissements du rapport.

2004

Limits to Growth : The 30-Year Update. Les courbes réelles confirment les projections

2020

Études de mise à jour : le scénario "business as usual" reste cohérent avec les données réelles.

2026

Le modèle prédit le début du déclin démographique mondial. Relire ce rapport s'avère salutaire.

Référence

Limits to Growth — Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers, W.W. Behrens III (1972, Club of Rome)

Limits to Growth : The 30-Year Update — Meadows, Randers, Meadows (2004)

Turner, G. M. (2012)« On the Cusp of Global Collapse? Updated Comparison of The Limits to Growth with Historical Data »