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Sans transition · N°01 · Avril 2026

C'était demain

le rapport Meadows

La raréfaction des ressources, les pénuries, l’augmentation des prix : peu importe nos métiers, nous sommes confrontés à ces problématiques qui nous rappellent la réalité de notre monde « fini ». Cependant, ces inquiétudes sont anciennes. En 1972 sortait la première modélisation établissant les liens entre l’extraction de ressources fossiles, la production industrielle, la pollution et la croissance économique. Et soulignant – évidemment – leur caractère insoutenable à tous les niveaux. A ce sujet, le CHU de Rouen s’est engagé dans une politique de limitation de ses consommations, énergétiques notamment, grâce à une travail d’optimisation réalisé par la Direction des Travaux et des Services Techniques (DTST).

C’était il y a plus de 50 ans

Le 3 mars 1972, une équipe de chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) présentait les résultats d’une vaste étude menée pendant près de 2 ans – ouvrant le domaine vaste de la « dynamique des systèmes ». Le rapport qui en compilera les résultats reste aujourd’hui bien connu : « Limits to growth », (mal)traduit dans les premières années « Halte à la croissance » puis « Les limites à la croissance ». Voici quelques éléments de contexte :

  • Les chercheurs du MIT que l’on sollicite sont financés par de puissants industriels (regroupés dans le « Club de Rome ») qui cherchent à savoir quels seraient les éventuels freins à leurs entreprises (nous sommes alors à la fin des « Trente Glorieuses » et le rapport final sera livré un an avant le choc pétrolier de 1973) ;
  • Ces travaux ouvrent le champ de la « dynamique des systèmes », donc. Aidés par les premiers modèles informatiques, les chercheurs ont « modélisé » l’humanité et les flux qui garantissent son « fonctionnement » dans un modèle de simulation baptisé « World3 »: stock de ressources disponibles, évolution de la population globale, nombre d’hectares cultivés, production industrielle, évolution des niveaux de pollution, etc. Ce qui permet d’observer à croissance constante comment les courbent montent et titillent ou dépassent « les limites » du systèmes Terre.

Les aspects novateurs de cette production sont multiples, toutefois si l’on doit retenir un élément central, c’est la façon dont des relations sont établies entre ; la quantité de ressources disponibles ; la production mondiale de biens ; les externalités négatives. Par exemple, comment la croissance de la pollution est inextricablement liée à celle de la production industrielle pouvant conduire à une baisse de la production alimentaire ainsi que de la démographie. Plus généralement, la finitude du monde est représentée en langage mathématique dans les conclusions de ce rapport. On prend alors conscience que la quantité de ressources disponibles est limitée, qu’une partie de ces ressources est non-renouvelable (comme les énergies fossiles) et que c’est la profusion de ces dernières qui permet la croissance économique mondiale.. tout en contribuant à la dégradation de l’environnement.

"La courbe de la croissance économique ne montera pas jusqu’au ciel . "

Donella Meadows · LIMITS TO GROWTH, 1972

Les premières notion « d’effondrement » suivent la sortie de ce rapport, car au niveau des modèles ce qui se traduit par « un changement d’état » – une variation rapide d’une des courbes vers le bas – est traduite par ce terme.

Cinquante ans plus tard, les avertissements clés laissés par le rapport au Club de Rome restent toujours d’actualité. Surtout que les prévisions de 1972 – surtout celles du scénario « business as usual » où l’humanité aurait priorisé la croissance économique au détriment de la préservation des écosystèmes – sont loin d’être incohérentes avec l’évolution du monde actuel. Plusieurs études, dont une parue en 2020, corrobore ce fait par une mise à jour du modèle World3 utilisé initialement pour réaliser « Limits to growth ».

« Le monde contraint » tel qu’il est potentiellement décrit dans le rapport se manifeste de plus en plus à nous.

Relire cet ouvrage en 2026 s’avère salutaire. Cette réalité de la contrainte couplée au contexte d’urgence climatique et environnementale nous pousse à considérer l’importance d’intégrer la dimension « transition écologique » dans chacun des spectres de la société contemporaine afin de réduire les risques associés à tout bouleversement futur… et donc accroitre notre potentiel de résilience.  

Modèle World3 _ Standard Run

Source : Turner, Graham M. 2012, « On the Cusp of Global Collapse? Updated »

Les auteurs

L’équipe du MIT · 1972

Ils sont surtout quatre (Jorgen Randers, Donella et Dennis Meadows, William W. Behrens III) à avoir été mis sur le devant de la scène. Pour parler du rapport – pour l’avoir présenté ou synthétisé – dans une époque où les conclusions de ce dernier allaient à l’encontre des croyances économiques d’alors. Mais ce sont surtout deux d’entre eux, le couple Donella et Dennis Meadows, à qui l’on va attacher l’étiquette d’auteurs principaux car, comme le dit la citation : « Dennis l’a dirigé, Donella l’a rédigé ».

Repères chronologique

1970

Le Club de Rome mandate le MIT. Début des travaux sur le modèle World3.

1972

Publication de Limits to Growth. 30 millions d'exemplaires vendus dans le monde.

1973

Premier choc pétrolier. Un an après les avertissements du rapport.

2004

Limits to Growth : The 30-Year Update. Les courbes réelles confirment les projections

2020

Études de mise à jour : le scénario "business as usual" reste cohérent avec les données réelles.

2026

Le modèle prédit le début du déclin démographique mondial. Relire ce rapport s'avère salutaire.

Référence

Limits to Growth — Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers, W.W. Behrens III (1972, Club of Rome)

Limits to Growth : The 30-Year Update — Meadows, Randers, Meadows (2004)

Turner, G. M. (2012)« On the Cusp of Global Collapse? Updated Comparison of The Limits to Growth with Historical Data »