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Transport du donneur d'organes |
| [Menu Général] | Texte rédigé par le Dr Goldstein et présenté à la conférence d'experts de la SFAR |
Le transport du sujet en état de ME est par définition un transport en situation critique. Cette période est potentiellement dangereuse car la procédure de transfert génére ses propres complications [1]. Mais aux risques propres du transport, sajoute ici le maintien dun objectif initial clairement défini : assurer des conditions de transport qui ne pénaliseront en aucun cas la réussite des prélèvements et le devenir des greffes dorganes. Le médecin transporteur doit toujours ainsi se positionner dans le cadre dun prélèvement multiorganes. Aucune des décisions prises pendant la procédure de transfert ne doit interférer avec le futur prélèvement. Léquipe médicale qui aura donc à prendre en charge ce type de patient doit donc non seulement connaître léventuel retentissement du transport chez un patient en situation critique mais également les éléments essentiels de gestion clinique de la mort encéphalique ainsi que les bouleversements qui affectent le malade [2].
RETENTISSEMENT DU TRANSPORT SUR LE PATIENT.
De nombreuses études ont démontré quels étaient les effets délétères du transport sur les malades de réanimation [3]. Les complications sont nombreuses et peuvent sassocier. Il sagit le plus souvent de variations tensionnelles, de la survenue darythmie, de modifications de lhématose, dobstruction des voies aériennes et darrêt circulatoire. Le monitorage doit donc être à la hauteur de ces complications potentielles et ce quelle que soit la durée du transfert. Oxymètre de pouls, capnographe, surveillance hémodynamique y compris invasive, bien sûr éléctrocardioscope et défibrillateur doivent toujours être disponibles. Le simple changement de position peut également influencer la distribution du volume sanguin circulant et le débit cardiaque ainsi que la mécanique ventilatoire. De telles interférences surviennent par exemple lorsque le patient est brutalement incliné, lorsquun virage est abordé trop rapidement que ce soit sur la route, dans le couloir dun hôpital ou bien lorsquune ambulance de réanimation ou un ascenseur freinent trop rapidement imposant au patient une véritable épreuve de décélération. Le circuit quil soit intra ou inter-hospitalier doit dont être préparé, analysé et sécurisé. Cette démarche préalable est totalement intégrée à la procédure de transport.
QUELLES PARTICULARITES ET QUELS OBJECTIFS POUR LE TRANSPORT DU PATIENT EN MORT CEREBRALE
Pour le médecin ayant en charge ce transfert les objectifs de sécurité se déterminent ici en impératifs [4]. Les conditions de transport doivent au maximum tenir compte des impératifs du prélèvement. Lensemble des grandes fonctions doit être parfaitement contrôlé :
· hémodynamique,
· ventilation,
· métabolique,
· thermique et coagulation.
Contrôler la posture.
Par définition létat circulatoire du patient est précaire. Les volumes liquidiens sont drainés vers les parties déclives. Comme les réflexes barorécepteurs proprioceptifs musculaires et lactivité labyrinthique ont disparu, leffet des chocs et des grands mouvements sont amplifiés et susceptibles dentraîner un arrêt circulatoire par désamorçage. Tout doit être fait pour limiter les effets du transport sur lorganisme : en particulier lutilisation dun matelas à dépression, véritable système tampon, est systématique quelle que puisse être la durée du transfert ou sa distance. La conduite du vecteur de transport doit donc être adaptée et le pilote parfaitement averti. Ce vecteur pouvant être un brancard, une ambulance de réanimation ou un hélicoptère.
Contrôler la ventilation.
La ventilation mécanique est bien sûr nécessaire mais comme la production de CO2 est faible chez ces patients par chute de l'activité métabolique, il faut éviter lhyperventilation fréquente en transport et ses conséquences défavorables sur linotropisme cardiaque. Ceci justifie en particulier la surveillance systématique du CO2 expiré. Les paramètres ventilatoires doivent être identiques pendant toute la durée de prise en charge. Lhyperoxie nest pas un objectif en soi. Léventualité dun prélèvement pulmonaire conduit aux respects de certaines précautions : la FiO2 est identique à celle choisie avant le transfert, le volume courant est en règle de 8 à 10 mL.kg-1 et la fréquence respiratoire entre 12 et 16 cycles.mn-1. La pression dinsufflation ne doit pas excéder 25 cm H2O afin déviter tout barotraumatisme. Une pression expiratoire positive denviron 5 cm H2O peut être discutée afin déviter les atéléctasies ou pour lutter contre l'oedème pulmonaire. Lasepsie la plus rigoureuse, chirurgicale, doit être assurée lors des aspiration trachéales [5]. Le respirateur de transport doit donc pouvoir satisfaire à lensemble de ces exigences.
Contrôler létat circulatoire [6]
Ce contrôle passe par le maintien dune pression artérielle systolique supérieure à 100 mmHg, dune pression artérielle diastolique supérieure à 50 mmHg ou dune pression artérielle moyenne supérieure à 60 mmHg. La fréquence cardiaque doit être inférieure à 100 b.mn-1. Tous les éléments de surveillance hémodynamiques invasifs mis en oeuvre avant la procédure de transfert devraient être utilisés pendant cette période critique afin daffiner lexpansion volémique en fonction des paramètres hémodynamiques constatés. La compensation des pertes liquidiennes induites par le diabète insipide ne doit pas pour autant être mésestimée, la survenue dune arythmie liée à un déséquilibre ionique peut survenir à tout moment. Le maintien dune perfusion viscérale optimale est impérative. Devant lapparition dune défaillance cardiaque lutilisation damines vasoactives peut simposer, dans ce cas la préférence en première intention ira à la Dobutamine ou la Dopamine. Les agents alpha-sympathicomimétiques comme ladrénaline ou la noradrénaline ne seront utilisés quen dernier recours et après certitude du rétablissement volémique. Ici aussi le monitorage doit donc être conséquent et aucun transfert ne sera débuté avant que celui-ci ne soit réuni et quau moins deux bonnes voies dabord vasculaire naient été sécurisées.
Contrôler léquilibre thermique.
Il sagit ici plus de prévention que de correction. La prévention de lhypothermie est essentielle car elle peut éviter arythmies et défaillance circulatoire. Lhypothermie peut être majorée par la perfusion de liquides non réchauffés. Le monitorage de la température par sonde rectale ou oesophagienne est souhaitable et ici aussi quelle que soit la durée du transfert. Le réchauffement externe du patient est impératif, en particulier la cellule sanitaire en cas de transfert inter-établissement doit être préalablement chauffée .
STRATEGIE DU TRANSPORT DU PATIENT EN MORT ENCEPHALIQUE.
Ces transferts peuvent être inter-hospitaliers. Ceux ci devraient largement diminuer au profit dune politique de prélèvement sur les lieux de constat de la mort. Ces transferts doivent être réalisés par le réseau SAMU-SMUR dans les meilleures conditions de prise en charge [7]. Dans le cadre de la régulation médicale, ils doivent être considérés comme prioritaires. Le temps pénalise le devenir du prélèvement, la réanimation doit être la plus courte possible. Ces demandes de transfert ne doivent donc pas attendre et bénéficier, en plus dune équipe médicale avertie et formée, du moyen de transport le plus adapté et le moins pénalisant. Lindication dun transfert sanitaire héliporté doit chaque fois être envisagée.
Ces transferts peuvent être intra-hospitaliers. Ils ne sont pas pour autant moins dangereux et la première des priorités ici est de les éviter. Le seul transfert incontournable est celui qui achemine le patient depuis lunité de réanimation vers le bloc opératoire. Les transports de lunité de réanimation vers une unité de diagnostic sont faussement rassurants et donc particulièrement dangereux [1]. Les conditions de surveillance du patient, la qualité et la formation de léquipe médicale de transfert doivent être identiques à celles exigées pour un transfert inter-hospitalier. Si létablissement hospitalier est pavillonnaire et sil dispose dun SMUR, celui ci assurera le transport. Si létablissement nest pas pavillonnaire ou si il ne dispose pas de SMUR le transfert devra être effectué par une équipe identifiée dans le cadre de procédures pré-établies.
Avant chaque transfert, il convient de sassurer de disposer de lintégralité du dossier du patient, en particulier des éléments susceptibles dintervenir dans la décision de prélèvements. Un contact ultime avec léquipe daccueil doit être pris avant le départ du transfert. Lenvironnement technologique est conséquent mais indispensable [8]. Il comprend un respirateur de réanimation, un véritable monitorage cardio-vasculaire, des moyens de perfusion rapide, des moyens de lutte contre lhypothermie, un capnographe, un oxymètre de pouls, un monitorage de la température.
BIBLIOGRAPHIE
1- Goldstein P, Diependaele JF, Joly R. Quelles pratiques pour le transport intrahospitalier des malades en situation critique. In. Actualités en réanimation et urgences, Arnette, Paris, 1998.281-290.
2- Scheinkestel C, Tuxen D, Cooper D, Butts W. Medical management of the potential organ donor. Anesth.Intens.Care, 1995 ;23 : 51-59 .
3- Dhondt E, Thys F, Meert P, El Gariani A, Arnould JP, Marion E. Incidents durant le transport du malade critique. in . Actualités en réanimation et urgences, Arnette, Paris. 1998, 267-289 .
4- Benayoun L, Cohen S, Aissa I . Etat de mort cérébrale et préparation du donneur dorganes .in . JL Pourriat et C.Martin . Principes de réanimation neurochirurgicale. Arnette Blackwell. Paris, 1995. 609-615 .
5- Leroy G, Gerard L. Mort cérébrale. In . K.Samii. Anesthésie Réanimation chirurgicale. 2ème Ed. Flammarion médecine science. Paris. 1996 . 1460-1467.
6- Riou B, Guesde R, Gourin JP. Réanimation du patient en état de mort cérébrale pour un prélèvement multiorganes . in . Conférences dactualisation de la SFAR, Masson, Paris, 1994. 575-593.
7- Société Française dAnesthésie et de Réanimation. Recommandations concernant les transports médicalisés intra-hospitaliers. In . Recommandations de la SFAR. Paris, 1994.
8- Société Française dAnesthésie et de Réanimation. Recommandations concernant les transports médicalisés interhospitaliers. In . Recommandations de la SFAR. Paris, 1992.
21 Août 1998
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