Logo du Projet Programme Technique

INTRODUCTION

  L’élaboration du présent programme s’inscrit dans un contexte géographique et démographique très particulier qu’il convient de présenter ainsi que les éléments justificatifs et décisionnels du projet.

I - Contexte géographique.

  Situé au cœur de l’Afrique Occidentale dans la boucle du Niger, le Burkina Faso s’étend sur une superficie de 264.200 Km². L’enclavement est l’un des principaux obstacles au développement économique, le Burkina Faso n’ayant aucun débouché sur la mer. De par sa situation géographique (en latitude), le Burkina Faso a un climat tropical de type soudanien qui alterne deux saisons inégales.

  La saison sèche est la période où apparaissent les épidémies de méningite et de rougeole et où il y a une recrudescence des affections respiratoires. Le paludisme, les maladies diarrhéiques et les dermatoses se développent principalement à la faveur des pluies.

  La population pédiatrique, dont l’âge est compris entre 0 et 14 ans, est particulièrement touchée par ces épidémies. Il convient également de rappeler que le Burkina Faso se situe dans la zone de ceinture méningitique qui traverse l’Afrique d’Ouest en Est, allant du Sénégal à l’Éthiopie.

II - Contexte démographique.

  D’après les résultats de l’enquête démographique de 1991, la population du Burkina Faso était de 9,3 millions d’habitants dont 48,9 % de sexe masculin et 51,1 de sexe féminin. Celle-ci était estimée au 31 décembre 1994 à 10 178 915 habitants (Source : INSD). La densité moyenne est de 36,1 habitants au km². Le taux de croissance annuel moyen est de 2,7 %.

  La population urbaine était estimée à 15 % de la population résidente en 1993 contre 12,7 % en 1985. Elle présente un certain équilibre entre les deux sexes avec 49 % d'hommes et 51 % de femmes. Cette population urbaine est inégalement répartie entre les différentes provinces. Parmi les 45 provinces que compte le pays, seules 17 possèdent une agglomération urbaine. Les provinces du Kadiogo et du Houet comptent à elles seules plus de 70 % de la population urbaine. Ouagagougou et Bobo Dioulasso reçoivent plus de la moitié de l'exode rural.

  Cette situation s'explique par le fait que la ville de Ouagadougou (1 million d'habitants), dans la province du Kadiogo, est la capitale politique avec une forte concentration de services administratifs et industriels, tandis que Bobo-Diolasso (entre 500 000 et 600 000 habitants), dans le Houet, est la deuxième ville la plus importante. Il en résulte une forte attraction des jeunes ruraux vers ces centres où ils espèrent trouver un emploi.

  Le milieu rural abrite par contre 85 % de la population totale dont 48,7 % d'hommes et 51,3 % de femmes.

  La population burkinabè se caractérise aussi par le dynamisme de sa croissance démographique. Le taux global de fécondité général est demeuré quasi stable. Le nombre moyen d'enfants par femme est de 7,3. L'espérance de vie a augmenté, passant de 48,5 ans en 1985 à 52,2 ans en 1991. En milieu urbain elle est de 56,1 ans contre 50,6 en milieu rural (Source : enquête démographique 1991).

  Les moins de 15 ans représentent 49 % de la population et il faut noter que la tendance au rajeunissement se poursuit, l'âge moyen étant passé de 22,2 ans en 1985 à 21,4 ans en 1991.

  La projection de la population du Burkina Faso montre qu'en l'an 2010, elle aura augmenté de près de 50 % par rapport à 1985 et cette progression concernera les groupes vulnérables tels les enfants de 0 à 5 ans et les femmes en âge de procréer.

  Les femmes constituent plus de la moitié de la population au Burkina Faso. Leurs conditions de vie assez difficiles sont à la base des mouvements de plus en plus larges en faveur de la promotion de la femme qui s'élèvent contre :

  La femme a en charge l'entretien des enfants, participe à la production dans le cadre de l'économie familiale sans pour autant bénéficier de retombées à la hauteur des efforts investis.

III - Environnement sanitaire.

  L'analyse des problèmes de santé conduit à rappeler les principaux indicateurs sanitaires : (source DEP 93)

Ces indicateurs précisés, les pathologies dominantes chez les enfants de 0 à 14 ans sont les suivantes : (source DEP santé, rapport annuel 93 - consultations pratiquées dans les formations sanitaires) :

- Paludisme - Affections des voies respiratoires - Maladies diarrhéiques - Affections de la peau - Affections de l'œil - Parasitoses intestinales - Affections génito-urinaires - Affections bucco-dentaires - Otite - Rougeole.

Comme partout en Afrique, ce sont les maladies infectieuses et parasitaires qui dominent avec comme fléau principal le paludisme. Les maladies respiratoires viennent en seconde place. Suivent les maladies diarrhéiques, les affections cutanées et les parasitoses lièes aux problèmes de l'eau et de l'hygiène. Toutes ces maladies surviennent le plus souvent sur un fond de malnutrition chronique. La sous-nutrition touchant 30 % des enfants de moins de 5 ans.

Les cinq principales causes de décès des enfants de 0 à 5 ans dans les formations sanitaires publiques en 1993 ont été les suivantes : (source DEP santé, Rapport annuel 93)

Par ailleurs, les endémies traditionnelles telles que la tuberculose, l’onchocercose, la trypanosomiase et dracunculose persistent. Enfin, la situation des MST/SIDA reste caractérisée par la non-maîtrise des données du fait de la sous-déclaration et de l’automédication trop fréquente dans le cas des MST.

En 1995, le budget de la santé du Burkina Faso représente une dépense de 138 000 millions de FF. L'Etat consacre seulement 6 % de son budget à la santé et 66 % de ce budget vont aux personnels. La dépense de santé par habitant et par an est de 13,38 francs français. Les dépenses totales de santé par habitant (investissement et fonctionnement) ont même tendance à baisser.

Les dépenses de santé ne se limitent cependant pas à celles contenues dans le budget du Ministère de la Santé. Bien qu'aucune analyse globale des dépenses privées n'ait encore été faite au Burkina Faso, il convient de prendre en compte les résultats d'une enquête ponctuelle dans la province du Boulgou qui indique une dépense de 28 FF par habitant et par an, dont 10 FF pour des traitements modernes et des médicaments et 18 FF pour la médecine traditionnelle.

Les dépenses des ONG pour le secteur santé sont supérieures à la somme de 130 millions de FF

Enfin l'assurance maladie couvre moins de 2 % de la population. La Caisse nationale de sécurité sociale ne prenant en compte que les retraites (à partir de 53 ans), les prestations familiales, les accidents du travail et maladies professionnelles.

Par ailleurs, le changement de parité du Franc CFA , n’a pas eu que des effets positifs sur le coût de la santé. Ainsi :

- Les coûts des soins médicaux (médicaments, matériels médicaux, vaccins importés hors de la zone franc) ont quasiment doublé,

- Les coûts des prestations assurées par le secteur privé ont augmenté considérablement. En effet, les tarifs après la dévaluation comparés à ceux d'avant la dévaluation ont connu des hausses de 100 à 150 % pour les consultations et de 40 à 43 % pour les visites à domicile. Les tarifs pratiqués par les cliniques d'accouchement ont crû de 20 à 33 %. Les tarifs des actes de planification familiale ont enregistré une hausse de 16 à 25 %. Cette situation a provoqué un retour très prononcé des moins fortunés à l'automédication et vers les tradithérapeutes,

- Les coûts des transferts pour soins à l'étranger se sont alourdis suite à la dévaluation. Ils sont en effet passés de 337 millions de FCFA en 1993 à 767 millions au 31 octobre 1994, soit une croissance en valeur absolue de l’ordre de 128 %. Ils ont représenté 4,7 % du budget de l’État en 1994, contre 2,7 % en 1993,

- La baisse du pouvoir d'achat en zone urbaine a appauvri l'alimentation des couches défavorisées et fragilisé encore plus leur état de santé. Le recours aux services de santé est donc devenu difficile à supporter suite à une baisse des revenus réels de plus de 15 % et à l'augmentation des prix des services curatifs et des médicaments de plus de 50 %,

- Par ailleurs, l'augmentation des prix des transports de l'ordre de 50 %, le faible équipement des Centres de Santé Maternelle et Infantile (CSMI) ont freiné le recours des populations rurales aux maternités pour le suivi prénatal et pour les accouchements,

- Les prix de vente des médicaments ont augmenté de 76,3 % en moyenne.

Pour répondre à cet environnement peu favorable, le Burkina Faso a mis en place un certain nombre de réformes. D’une manière générale, les différents axes de la politique de santé reposent sur les orientations suivantes :

- L'initiative de Bamako, y compris la décentralisation en districts sanitaires, l'intégration des programmes de santé, la participation communautaire à travers les comités de gestion au sein des formations sanitaires publiques, la création de fonds de roulement des médicaments essentiels génériques (MEG), la gestion autonome des ressources générées au niveau local, la collaboration intersectorielle et la mobilisation en faveur de la santé.

- Les programmes verticaux notamment le Programme élargi de vaccination (PEV), la planification familiale, le programme de lutte contre le SIDA et les MST, dont "l'éradication" au sein du paquet minimum d'activités (défini par type de structures de soins) reste encore très faible.

- Les programmes et activités de soutien dont le Système national d'information sanitaire (SNIS) y compris la surveillance épidémiologique et le Système d'information médicale (SIM) existant au niveau des hôpitaux, la supervision et la formation continue du personnel de santé et la maintenance biomédicale.

- La réforme pharmaceutique et la promotion de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles. Elle est basée sur la politique des médicaments essentiels préconisés par l'OMS. L'évolution du secteur pharmaceutique est caractérisée par la suppression du monopole de l'Etat en 1992 et la création d'une Centrale d'Approvisionnement en Médicaments Essentiels Génériques (CAMEG). C'est une entreprise publique autonome qui est chargée d'approvisionner en médicaments essentiels génériques et consommables médicaux les formations sanitaires publiques et privées à but non lucratif.

Elle est placée sous la tutelle technique du ministère de la Santé et sous la tutelle financière du Ministre chargé des Finances. Ses activités ont réellement commencé en mai 1994. Enfin un soutien est apporté au développement du secteur pharmaceutique privé.

- La planification et le développement des ressources humaines dans le cadre de la décentralisation et de la modernisation de l’administration sans oublier la recherche en santé encore faible, mais qui constitue un moyen important pour la résolution des problèmes de santé au Burkina Faso.

Au nombre de ces politiques et programmes de santé, il faut ajouter la réforme hospitalière dans laquelle s’inscrit le présent projet.

Un projet de loi hospitalière doit être présenté au parlement en 1997. Ce projet de loi prend en compte les réalités sociales et culturelles du pays mais s'inscrit dans la modernité en ouvrant l'hôpital sur son environnement et il appuie son fonctionnement sur un mode de gestion moderne de type managérial et sur une dynamique de projets.

Pour atteindre ses objectifs, le projet de loi s'appuie sur cinq principes fondamentaux :

. la décentralisation et la démocratisation (participation des collectivités territoriales et des élus aux instances délibératives
  et consultatives),
. l'autonomie administrative et financière avec la responsabilisation des acteurs,
. la coordination et la complémentarité pour mieux répondre aux besoins de la population et mieux organiser l'offre de soins,
. la contractualisation pour donner tout son sens aux notions d'autonomie et de responsabilité,
. la planification et le contrôle assurés par l'Etat (politique nationale, carte sanitaire, normes d’équipements, statuts des
  personnels, etc...).

III - Justification du projet.

  Le projet vise à construire et à équiper un nouvel établissement hospitalier à vocation pédiatrique à Ouagadougou. Cet établissement permettra d’offrir le niveau de référence le plus élevé dans le domaine pédiatrique au Burkina Faso.

Toutes les statistiques hospitalières montrent que la fréquentation des établissements hospitaliers est assurée à plus de 60 % par les femmes et les enfants. En 1996, 40 % des entrants (source SIM) au Centre Hospitalier National de Ouagadougou sont des enfants (0 à 14 ans).

Le service de pédiatrie est en partie vétuste et inadapté aux besoins actuels et futurs. Sa situation au sein du CHN ne permet pas d'envisager une extension fonctionnelle satisfaisante et notamment pour une prise en compte des spécificités médicales et chirurgicales pédiatriques.

Par ailleurs, les soins pédiatriques au CHN sont entachés d'un manque de crédibilité compte tenu de la mauvaise image de marque de cet hôpital aggravé par une gestion trop lourde compte tenu de l'importance de l'établissement.

Aussi, l'approche d'un redéploiement par la création d'un nouveau site pédiatrique peut être l'une des solutions aux problèmes posés par cette population vulnérable. Ce site de référence au plan national, doté des infrastructures et des équipements suffisants et animé par des équipes administratives et médicales compétentes devrait permettre de répondre à court et moyen terme à la demande croissante liée à "l'explosion démographique" de la ville de Ouagadougou et au soutien des formations périphériques. Les projections démographiques font apparaître un doublement de la population de OUAGADOUGOU d’ici 2010.

Aussi, compte tenu de la volonté burkinabè de réformer sa politique sanitaire, l’hôpital à créer sera le site pilote de la réforme hospitalière engagée avec l’appui de la Coopération Française depuis plusieurs années.

IV - Prise de décision du Projet.

  La requête émane de la Présidence du Burkina Faso et a été formulée à l'Ambassadeur de France et au Directeur du Développement du Ministère de la Coopération lors d'une audience qui leur a été accordée en octobre 1996. La "première pierre" de la nouvelle institution a été posée par le Président de la République Française, lors de son passage au Burkina Faso à l'occasion de la 19éme Conférence des Chefs d’État de France et d'Afrique en décembre 1996.


SOMMAIRE

Ce site est hébergé par le CHU de Rouen. Maître Toile:Brahima CISSE Mise à jour le 15/12/1999