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Rapport de présentation: Deuxième tranche |
III - ORIGINE ET CADRE DU PROJET.
3.1.1 - Contexte géographique et démographique.
  Situé au cœur de l'Afrique Occidentale dans la boucle du Niger, le Burkina Faso s'étend sur une superficie de 264200 km². L'enclavement est l'un des principaux obstacles au développement économique, le Burkina Faso n'ayant aucun débouché sur la mer. De par sa situation géographique (en latitude), le Burkina Faso a un climat tropical soudanien qui alterne deux saisons inégales.
La saison sèche est la période où apparaissent les épidémies de méningite et de rougeole et où il y a une recrudescence des affections respiratoires. Le paludisme, les maladies diarrhéiques et les dermatoses se développent à la faveur des pluies. La population pédiatrique, dont l'âge est compris entre 0 et 14 ans, est particulièrement touchée par ces épidémies. Il convient également de rappeler que le Burkina Faso se situe dans la zone de ceinture méningitique qui traverse l'Afrique d'Ouest en Est, allant du Sénégal à l'Ethiopie.
Pendant très longtemps, les nombreux cours d'eau, dont certains sont secs une bonne partie de l'année, ont offert des conditions favorables au développement de l'onchocercose qui a occasionné des déplacements massifs de population désertant les vallées fertiles et fuyant ainsi les piqûres des simulies et la cécité qui en découlait. Ce fléau qui a eu un impact important sur l'économie du pays semble maîtrisé et en nette régression.
D'après les résultats de l'enquête démographique de fin 1996, la population du Burkina Faso était de 10,3 millions d'habitants dont 48,3 % sont de sexe masculin et 51,7 % de sexe féminin. La population burkinabè se caractérise aussi par le dynamisme de sa croissance démographique. Le taux de croissance annuel moyen est de 2,7 %. Le taux global de fécondité général est demeuré quasi stable avec un nombre moyen d'enfants par femme de 7,3. L'espérance de vie est en milieu urbain de 56,1 ans contre 50,6 en milieu rural. Les moins de 15 ans représentent 49 % de la population et la tendance en rajeunissement se poursuit. La projection de la population du Burkina Faso montre qu'en 2010, elle aura augmenté de près de 50 % par rapport à 1985 et cette progression concernera les groupes vulnérables tels que les enfants de 0 à 15 ans et les femmes en âge de procréer. La densité moyenne est de 39,1 habitants au km².
La population urbaine est inégalement répartie entre les différentes provinces. Parmi les 45 provinces que compte le pays, seules 17 possèdent une agglomération urbanisée. Les provinces du Kadiogo et du Houet comptent à elles seules plus de 70 % de la population urbaine. Ouagadougou et Bobo Dioulasso (chefs lieux des provinces sus-citées) reçoivent plus de la moitié de l'exode rural. Cette situation s'explique par le fait que la ville de Ouagadougou est la capitale politique avec une forte concentration de services administratifs et industriels, tandis que Bobo Dioulasso, située dans le sud ouest du pays, est la deuxième ville. Il en résulte une forte attraction des jeunes ruraux vers ces centres où ils espèrent trouver un emploi.
Si le milieu rural abrite encore 85 % de la population totale, la ville de Ouagadougou compte environ un million d'habitants et connaît une forte croissance témoin du phénomène d'urbanisation croissante des populations.
Les femmes constituant plus de la moitié de la population au Burkina Faso, leurs conditions de vie assez difficiles sont à la base de mouvements de plus en plus larges en faveur de la promotion de la femme (discrimination au niveau de la scolarisation, persistance de la pratique de l'excision en milieu rural, mariages/maternités précoces). La femme a en charge l'entretien des enfants, participe à la production dans le cadre de l'économie familiale sans pour autant bénéficier de retombées à la hauteur des efforts investis.
Le Burkina Faso compte parmi les 20 pays les plus pauvres du monde. Bien qu'il y ait des améliorations de certains agrégats macro-économiques, l'impact du Programme d'Ajustement Structurel sur la situation socio-économique en général n'est pas encore satisfaisant. La dévaluation du F.CFA en 1994 a contribué à redresser la situation mais cette décision a été lourde de conséquences sur la vie sociale et économique du Burkina Faso.
3.1.2 - Environnement sanitaire.
  L'analyse des problèmes de santé conduit à rappeler les principaux indicateurs sanitaires : (données statistiques de la Direction des Etudes et de la Planification du Ministère de la Santé)
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Taux de natalité |
45,2 pour mille |
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Taux de mortalité infantile (0 - 1 an) |
zone urbaine : 116 pour mille zone rurale : 141,6 pour mille |
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Taux de mortalité maternelle |
566 pour 100 mille naissances vivantes |
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Mortalité périnatale |
43,6 pour 1000 |
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Accouchements assistés |
42 % |
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Habitants par médecin |
33 227 |
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Sécurité alimentaire (enfants<5ans) |
29 % dont malnutrition sévère 1 % |
De même en matière d'assainissement et d'approvisionnement en eau potable des progrès importants restent à faire.
Comme partout en Afrique, ce sont les carences nutritionnelles, les maladies infectieuses et parasitaires qui dominent avec comme fléau principal le paludisme. Les maladies respiratoires viennent en seconde place. Suivent les maladies diarrhéiques, les affections cutanées et les parasitoses liées au problème de l'eau et de l'hygiène. Ces maladies sont les principales causes de décès des enfants de 0 à 5 ans. Toutes ces maladies surviennent le plus souvent sur un fond de malnutrition chronique. La sous nutrition touchant 30 % des enfants de moins de 5 ans. Par ailleurs, les endémies traditionnelles telles que la tuberculose, l'onchocercose, la trypanosomiase et la dracunculose persistent.
Enfin, la situation des MST/SIDA reste préoccupante en raison des données imparfaites et de l'automédication trop fréquente dans le cas des MST.
En 1999, le budget de la santé représente 225 millions de FF soit 5 % du budget national. Plus des deux tiers du budget de la santé concernent la masse salariale. Les dépenses/habitant réalisées par les pouvoirs publics pour la santé (investissement et fonctionnement) ont plutôt tendance à baisser.
Les dépenses de santé ne se limitent cependant pas à celles contenues dans le budget du Ministère de la Santé. Bien qu'aucune analyse globale des dépenses privées n'ait encore été faite au Burkina Faso, les dépenses des ONG pour le secteur santé sont importantes (+ de 130 millions de FF). Enfin, l'assurance maladie couvre moins de 2 % de la population. La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) verse des prestations pour les retraites, celles-ci étant fixées à partir de 53 ans, pour les allocations familiales, les accidents du travail et les maladies professionnelles ainsi que la maternité.
Par ailleurs, le changement de parité du Franc CFA n'a pas eu que des effets positifs sur le coût de la santé. Ainsi :
- les coûts des médicaments et fournitures pharmaceutiques ont quasiment doublé.
- les coûts des prestations assurées par le secteur privé ont augmenté considérablement.
- les coûts des transferts pour soins à l'étranger se sont alourdis suite à la dévaluation.
- la baisse du pouvoir d'achat en zone urbaine a appauvri l'alimentation des populations défavorisées et fragilisé encore plus leur état de santé.
Le recours aux services de santé est donc devenu difficile à supporter et cette situation a provoqué un retour très prononcé des moins fortunés à l'automédication et vers les tradithérapeutes.
Ajoutons que l'augmentation des prix des transports et le faible équipement des centres de santé maternelle et infantile ont freiné le recours des populations rurales aux maternités pour le suivi prénatal et pour les accouchements.
Lors de la "Troisième conférence des partenaires au développement du Burkina Faso" qui s'est tenue en octobre 1995 à Genève, le gouvernement a fait du "développement humain durable" l'axe majeur de sa politique. Les objectifs de cette politique, d'ici l'an 2005, se résument à un accroissement du PIB par tête de 3 % au minimum par an, à un doublement du taux d'alphabétisation pour l'ensemble de la population, et à un gain significatif au niveau de l'espérance de vie, celle-ci devant atteindre 57 ans en 2005.
Pour répondre à cet environnement peu favorable, le Burkina Faso a mis en place un certain nombre de réformes. Leur définition et leur mise en œuvre ont fait l'objet de concertations continues avec les partenaires au développement sanitaire du pays et s'inscrivent dans le processus de "table-ronde sur les secteurs sociaux" en cours de préparation. D'une manière générale, les différents axes de la politique de santé reposent sur les orientations suivantes :
- L'initiative de Bamako, y compris la décentralisation en districts sanitaires, l'intégration des programmes de santé, la participation communautaire à travers les comités de gestion au sein des formations sanitaires publiques, la création de fonds de roulement des médicaments essentiels génériques (MEG), la gestion autonome des ressources générées au niveau local, la collaboration intersectorielle et la mobilisation en faveur de la santé.
- Les programmes verticaux notamment le Programme National de lutte contre les maladies diarrhéiques, le Programme National de lutte contre les infections respiratoires aiguës, le Programme élargi de vaccination (PEV), la planification familiale, le programme de lutte contre le SIDA et les MST, dont "l'éradication" au sein du paquet minimum d'activités (défini par type de structures de soins) restent encore très faibles.
- Les programmes et activités de soutien dont le Système national d'information sanitaire (SNIS) y compris la surveillance épidémiologique et le Système d'information médicale (SIM) existant au niveau des hôpitaux, la supervision et la formation continue du personnel de santé et la maintenance biomédicale.
- La réforme pharmaceutique et la promotion de la médecine et de la pharmacopée traditionnelle sont basées sur la politique des médicaments essentiels préconisée par l'OMS. L'évolution du secteur pharmaceutique est caractérisée par la suppression du monopole de l'Etat en 1992 et la création d'une Centrale d'Approvisionnement en Médicaments Essentiels Génériques (CAMEG) devenue association à but non lucratif en 1998.
- dans le cadre de la décentralisation et la modernisation de l'administration qui incluent la recherche dans le secteur de la santé, pour la résolution des problèmes sanitaires au Burkina Faso.
A ceci s'ajoute la mise en œuvre de la réforme hospitalière dans laquelle s'inscrit le présent projet qui a pour objet de contribuer à répondre aux besoins prioritaires des enfants.
3.1.3 - La Loi Hospitalière.
  La loi hospitalière votée le 18 mai 1998 et promulguée le 14 août 1998, prend en compte les réalités sociales et culturelles du pays et s'inscrit dans la modernité en ouvrant l'hôpital sur son environnement. Elle appuie son fonctionnement sur un mode de gestion moderne de type managérial et sur une dynamique de projet. Le dispositif de cette loi repose sur cinq principes fondamentaux :
3.2 - Rappel et bilan des actions passées.
  Il est évident que le processus de réformes engagé par le Ministère de la Santé ne peut être financé sur le seul budget de l'Etat Burkinabé. Les partenaires bilatéraux et multilatéraux contribuent aux financements de nombreux projets. Pour sa part la France apporte son concours en matière de santé publique (médicaments essentiels génériques, développement sanitaire décentralisé, formation des personnels et éducation sanitaire) mais elle s'attache également à poursuivre son appui au secteur hospitalier et plus particulièrement aux Centres Hospitaliers Nationaux de Bobo Dioulasso et de Ouagadougou.
Cet appui s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme hospitalière dont les premières actions ont été menées depuis 1990. A cet effet, une convention de financement signée le 7 novembre 1992 d'un montant de 15 MF a permis:
- d'appuyer la Direction de la Médecine Hospitalière pour la préparation d'une législation hospitalière, l'évaluation du fonctionnement du système hospitalier, l'élaboration des procédures indispensables à la coordination et à l'harmonisation des modes de gestion. Ce projet à permis de doter la direction de moyens logistiques pour lui permettre de remplir ses différentes missions (équipements bureautiques, véhicules et frais de missions de supervision, financement de stages et de cours de formation continue des personnels hospitaliers).
- de contribuer à la mise en œuvre de la réforme hospitalière au Centre Hospitalier National Yalgado Ouédraogo avec notamment l'aménagement de nouveaux locaux pour l'administration de l'hôpital, la création d'un service d'information médicale, la construction et l'équipement de nouveaux services d'ORL et d'ophtalmologie ainsi que l'appui au jumelage. La réhabilitation d'infrastructures existantes et la construction de nouveaux pavillons ont accompagné la mise en place de nouveaux outils de gestion dans le cadre d'une politique de recouvrement des coûts.
- de consolider les acquis des précédents FAC exécutés au profit du Centre Hospitalier National Sanou Sourô de Bobo-Dioulasso (réhabilitation immobilière, équipements, appui logistique à la direction et soutien des accords de jumelage).
L'ensemble de ces actions visait à appuyer le gouvernement Burkinabé dans son entreprise de réforme institutionnelle, de rationalisation et de maîtrise des dépenses de santé en favorisant l'autonomie de gestion par le développement du recouvrement des coûts et l'intéressement du personnel hospitalier. Cette dynamique effectuée dans un contexte socio-économique difficile mérite d'être encore soutenue.
3.3 - Rappel des évaluations.
 Le projet d'appui à la réforme hospitalière en lui-même (Fac n°92 0112 00) n'a pas été évalué. Toutefois, une évaluation lourde a été faite en 1998 par la Mission d'Etudes, d'Evaluation et de la Prospective (MEEP) sur la politique hospitalière de la coopération au cours des dix dernières années et a pris en compte ce projet.
Il ressort de l'analyse conduite sur la politique hospitalière au Burkina Faso que malgré les efforts de la Coopération le contexte national n'a pas toujours contribué au mieux à la réussite des évolutions souhaitables. Les délais d'exécution ont été beaucoup plus longs que ne les avaient estimé les projets. L'intervention sur le site de Bobo-Dioulasso est largement positive montrant qu'il est possible, dans le cadre d'un projet à multiples composantes de faire évoluer favorablement l'offre de soins aux populations. Si les résultats sur l'hôpital Yalgado Ouedraogo de Ouagadougou ont été modestes cela tient au fait que notre intervention est restée partielle et dans une logique substitutive contrairement à ce qui a été réalisé à Bobo-Dioulasso.
Le projet d'hôpital pédiatrique s'est appuyé sur les composantes de la réussite de l'intervention de Bobo-Dioulasso et de l'analyse des causes de dysfonctionnements de l'hôpital Yalgado Ouedraogo.
3.4 - Justification du projet.
  Toutes les statistiques hospitalières montrent que la fréquentation des établissements hospitaliers est assurée à plus de 60 % par les femmes et les enfants. En 1998, 42 % des entrants (source SIM) au Centre Hospitalier National de Ouagadougou sont des enfants (0 à 14 ans).
Le service de pédiatrie de l'hôpital de Ouagadougou est en partie vétuste et inadapté aux besoins actuels et futurs. Par ailleurs, les soins pédiatriques au Centre Hospitalier National sont entachés d'un manque de crédibilité compte tenu de la mauvaise image de marque de cet hôpital aggravé par une gestion trop lourde en raison de l'importance de l'établissement. Malgré la mauvaise qualité des prestations servies, l'unité de pédiatrie connaît un taux moyen d'occupation des lits supérieur à 80 %. Dans la mesure où la qualité des soins serait amenée à s'élever, il y a tout lieu de penser que le service atteindrait rapidement le seuil de saturation sans pouvoir répondre à une demande supplémentaire. La population urbaine de référence et la prévalence des maladies infantiles justifient la création de lits supplémentaires pour répondre à la demande de soins. Les carences actuelles conduisent la population à limiter le recours aux soins, en général, avec des conséquences souvent fatales pour les enfants.
Aussi, l'approche d'un redéploiement par la création d'un nouveau site pédiatrique a été retenu comme l'une des solutions aux problèmes posés par cette population vulnérable. Ce site de référence au plan national, doté des infrastructures et des équipements suffisants et animé par des équipes administratives et médicales compétentes devrait permettre de répondre à court et moyen terme à la demande croissante liée à "l'explosion démographique" de la ville de Ouagadougou et au soutien des formations périphériques. Les projections font apparaître un doublement de la population de OUAGADOUGOU d'ici 2010.
Ainsi, compte tenu de la volonté burkinabè de réformer sa politique sanitaire, l'hôpital créé sera l'un des sites pilotes de la réforme hospitalière engagée avec l'appui de la Coopération Française depuis plusieurs années.
| Ce site est hébergé par le CHU de Rouen. | Maître Toile:Brahima CISSE |
Mise à jour le 15/12/1999 |