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Recherche Médicale: Publications pédiatriques

LES DERMATOSES COURANTES DE L’ENFANT

DANS UN SERVICE DE DERMATOLOGIE EN MILIEU TROPICAL

 

A. Traoré1, F. Kouéta2, I. Sanou2, K.L. Kam2, L. Dao2,

F. Barro1, N.O. Sawadogo1, A.S. Sawadogo2

 

RÉSUMé

Du 01 Janvier 1995 au 31 Décembre 1996, nous avons mené une étude rétrospective en vue de déterminer les principales dermatoses infantiles en consultation de dermatologie du CHU de Ouagadougou. Les dermatoses de l’enfant avec 1234 cas représentaient 26,1 % des consultations de Dermatologie. Les dermatoses infectieuses (486 cas) occupaient la première place, suivies des dermatoses allergiques (368 cas). Les autres dermatoses très diverses étaient dominées par les eczématides (111 cas), les dermites (99 cas), le Pytiriasis Rosé de Gibert (83 cas), les miliaires sudorales (65 cas), les dermatoses malformatives (35 cas) et les kératodermies palmo-plantaires (28 cas). Les dermatoses observées dans notre service sont identiques à celles des autres pays tropicaux et occupent une place de choix dans la pathologie pédiatrique. Un renforcement des services de Dermatologie en personnel et en matériel s'avèrent nécessaires pour une meilleure prise en charge des affections dermatologiques.

Mots – clés : dermatoses, enfants, Afrique, Burkina Faso.

 

INTRODUCTION

Les maladies cutanées constituent un problème majeur de santé publique dans les pays tropicaux où elles représentent 30 % des consultations en milieu rural [9]. Dans ces pays, la dermatologie comporte toutes les affections rencontrées dans les climats tempérés, plus certaines maladies graves (lèpre, onchocercose, leishmaniose,...) liées à l’environnement et à la précarité des conditions socio-économiques [2,9]. Pourtant la moitié de ces pays n’ont pas de dermatologues; ce qui occasionne une faible couverture en soins de la peau surtout chez les enfants qui ont toujours des particularités dans toutes les spécialités médicales [2,3,11].

Contrairement au pays développés, nous disposons de peu d’études sur les dermatoses infantiles en Afrique Noire [3,11].

C’est pourquoi, disposant d’un service de Dermatologie générale au CHU de Ouagadougou, nous avons réalisé ce travail afin de déterminer les principales dermatoses de l’enfant dans notre contexte de travail.

 

MATÉRIEL ET MÉTHODES

L’étude s’est déroulée dans le service de Dermatologie-Vénérologie du Centre Hospitalier Universitaire de Ouagadougou. Ce service qui est fonctionnel depuis 1990 ne dispose pas encore de salles d’hospitalisation. Trois médecins spécialistes en dermatologie (les seuls pour tout le pays) y assurent les consultations des patients de tout âge, externes ou hospitalisés dans les autres services de l’hôpital. Tout patient vu en consultation dans le service a un dossier médical. C’est une étude rétrospective menée du 01 Janvier 1995 au Décembre 1996. Elle a consisté à colliger les données inscrites sur les dossiers des malades: état civil, données cliniques et paracliniques.

Tous les dossiers des patients ayant un âge inférieur ou égal à 15 ans ont été retenus pour la présente étude.

 

RÉSULTATS

Épidémiologie

Fréquence

Pendant les 2 ans de l’étude, 4721 patients ont consulté dans le service dont 1234 avaient un âge inférieur ou égal à 15 ans. Les dermatoses infantiles représentaient donc 26,1 % des consultations dermatologiques. Nous avons enregistré 646 cas en 1995 et 588 cas en 1996.

Répartition selon le sexe

Nous avons noté 623 patients de sexe masculin et 611 patients de sexe féminin. Le sex-ratio était de 1,02.

Répartition selon l’âge

L’âge des patients variait de 5 jours à 15 ans avec une moyenne de 65 mois. Les nourrissons étaient les plus représentés avec 42,6 % des patients. Le tableau I précise la répartition des patients selon l’âge et le sexe.

Résidence des patients

La plupart des patients (1186 cas) résidaient à Ouagadougou. Les 48 autres enfants provenaient d’autres provinces du pays.

Répartition mensuelle des enfants consultant en Dermatologie

Nous avons observé en moyenne 52 patients par mois. La répartition mensuelle des dermatoses recrutées au cours des 2 ans d’étude a montré une plus grande prévalence pendant les mois de janvier (148 cas), d’août (147 cas) et de juillet (144 cas).

Tableau I: Répartition des 1234 patients selon l’âge et le sexe

Âge

Sexe

Total

Pourcentage (%)

Féminin

Masculin

0 - 29 jours

1 mois - 30 mois

31 mois - 5 ans

6 ans - 10 ans

11 ans - 15 ans

Total

(%)

9

257

82

114

149

611

49,5

5

269

76

125

148

623

50,5

14

526

158

239

297

1234

100

1,1

42,6

12,8

19,4

24,1

100

 

Aspects cliniques

Nous avons noté :

Un enfant pouvait présenter plusieurs dermatoses.

 

Les dermatoses infectieuses

Quatre cent quatre vingt et six enfants présentaient des dermatoses infectieuses soit 39,4 % des cas. Elles étaient dominées par les infections bactériennes (192 cas), suivies des infections parasitaires (160 cas). Les enfants de plus de 5 ans étaient les plus touchés avec 56,2 % des cas. Les dermatoses bactériennes et parasitaires étaient plus fréquentes chez les nourrissons, les dermatoses parasitaires chez les enfants de 6 à 10 ans et les dermatoses mycosiques chez les 11 à 15 ans (tableau II). Au total 506 types de dermatoses infectieuses ont été identifiés chez les 486 enfants. Vingt ( 20 ) enfants présentaient chacun deux dermatoses bactériennes différentes.

Les dermatoses allergiques

Nous avons noté 396 types de dermatoses allergiques chez les 368 enfants de ce groupe.

Ici vingt huit enfants présentaient chacun deux dermatoses allergiques différentes.

Les types de dermatoses allergiques étaient dominés par le prurigo (195 cas) et l’eczéma atopique (132 cas). La tranche d’âge de 1 mois à 5 ans était la plus représentée avec 53 % des cas. L'eczéma atopique, le prurigo et l'urticaire prédominaient chez les nourrissons alors que l'eczéma de contact et l'érythème pigmenté fixe (EPF) l'étaient chez les enfants de 11 à 15 ans (tableau III).

Les dermatoses congénitales

Les enfants consultant pour dermatoses congénitales représentaient 2,8 % des enfants avec 35 cas. Elles étaient dominées par les angiomes avec 48,6 % des cas et les naevi verruqueux et pigmentaires 20 %. Parmi les autres dermatoses congénitales (31,4 %), on notait 3 cas d'albinisme, 2 cas de maladie de Von Recklinghausen et 2 cas de tuméfaction du dos du pieds. La tranche d’âge de 1 à 30 mois était la plus représentée avec 42,9 % des cas.

Les autres dermatoses

Diverses autres dermatoses ont été observées chez 448 enfants. Parmi ces enfants 13 présentaient chacun deux autres dermatoses différentes. On dénombrait ainsi 461 dermatoses

Il s’agissait de:

Diagnostics non établis

Le type de dermatose n’a pu être déterminé chez 60 enfants soit 4,9 % des cas. Dans la plupart de ces cas, le prurit était le motif de consultation. Il était localisé ou généralisé , isolé ou associé à d’autres lésions élémentaires souvent modifiés par le grattage et/ou la surinfection.

Aspects paracliniques

Le bilan paraclinique n’est pas systématique et est demandé en fonction de la dermatose. Pour la présente étude, les résultats des examens sont les suivants:

La sérologie syphilitique (VDRL/TPHA) demandée chez 6 patients était positive dans tous les cas.

L’hémogramme réalisé 43 fois, a révélé une anémie (taux d'hémoglobine < 10 g/dl) chez 13 enfants soit 30,2 % des cas et une hyperéosinophilie variant de 7 à 25 % chez 7 patients soit 16,3 % des cas.

L’examen parasitologique des selles était positif chez 50 patients sur 54 (92,5 %). Les parasites souvent retrouvés étaient: les Amibes (27 cas), les Giardias (15 cas) les Trichomonas (14 cas), les Ténias (2 cas), les Schistosomes (2 cas), les Ankylostomes (2 cas). Il s’agissait souvent de polyparasitose.

 

Discussion

Limites de l'étude

Le recueil des données n'a pas été exhaustif du fait des informations manquantes dans certains dossiers cliniques. En plus beaucoup de dermatoses infantiles sont prises en charge par les pédiatres. Malgré ces limites, cette étude a permis de faire le point sur les dermatoses courantes de l'enfant Burkinabè.

Des aspects épidémiologiques

Les soins de la peau sont l’un des motifs les plus fréquents de consultation pédiatrique courante [4]. En effet 20 à 30 % des nourrissons et des enfants vus en Pédiatrie présentent des problèmes cutanés [1]. Dans notre étude, les enfants représentaient 26,1 % des consultants en Dermatologie. Cette prévalence est supérieure à celle observée à Lomé au Togo avec 16,82 % [11] et à Rabat au Maroc avec 15,98 % [10]. Une légère prédominance masculine avec 50,5 % des cas a été observée contrairement à Tchangaï-Walla au Togo [11] où les enfants de sexe féminin représentaient 53,7 % des cas. Nous n’avons trouvé d'autres explications à ce constat que la plus grande morbidité masculine observée généralement en milieu hospitalier pédiatrique chez nous [6].

Plus de la moitié des patients (56,6 %) avaient un âge compris entre 0 et 5 ans avec une prédominance des nourrissons (42,6 %). Les grands enfants avec 44,2 % des cas étaient également bien représentés. Ces constats sont identiques à ceux de Tchangaï-Walla au Togo [11] qui avait observé 89,42 % de nourrissons et de grands enfants. Cependant contrairement à cet auteur qui n’avait pas observé de dermatoses chez les nouveau-nés, nous avons noté 9 cas dans cette tranche d’âge.

Des aspects cliniques

Les dermatoses infectieuses constituaient la première cause de consultation dans notre étude avec 39,4 % des cas. Elles intéressaient surtout les enfants d’âge préscolaire et scolaire. La fréquence des infections cutanées chez ces enfants s’explique par le risque élevé de contamination interhumaine de certaines de ces dermatoses (impétigo, gale, teigne, varicelle, molluscum contagiosum,...) avec une propagation rapide dans les collectivités d’enfant pouvant parfois prendre l’aspect d’épidémie [10,11].

Les dermatoses allergiques qui étaient la deuxième cause de consultation étaient dominées par le prurigo (49,2 %) et l’eczéma atopique (33,4 %). Elles intéressaient surtout le nourrisson et le petit enfant. En effet l’eczéma guérit progressivement, souvent vers l’âge de 5 ans et est donc rare chez le grand enfant [8].

Certains auteurs comme Sékkat et coll. [10], ont observé comme nous que les dermatoses infectieuses étaient la première cause de consultation à Rabat au Maroc avec 63,5 % contre 19,05 % de dermatoses allergiques. Par contre au Togo [11], les dermatoses allergiques (36,4%) étaient plus fréquentes que les dermatoses infectieuses (34,1 %). La plus grande prévalence des infections cutanées dans notre série par rapport à l’étude togolaise peut être expliquée par le climat tropical plus aride de notre pays qui favoriserait la survenue des pyodermites banales [9]. La situation socio-économique et sanitaire seraient-elles meilleures au Togo que chez nous?

Diverses autres dermatoses ont été observées dans notre service. Ces mêmes affections ont également été retrouvées à des fréquences variables dans les études africaines [10,11]. Cependant dans notre étude, nous avons noté une fréquence non négligeable de lésions de malnutrition. Ce constat trouve certainement son explication dans la grande prévalence de la malnutrition protéino-calorique chez les enfants dans notre pays [5].

Un nombre non négligeable de dermatoses soit 4,9 % des cas n’ont pas pu avoir de diagnostic précis. Ceci est souvent dû à la consultation tardive des patients à un moment où les lésions élémentaires initiales sont modifiées par le grattage, l’application de topiques ou de produits traditionnels. Il faut aussi noter la modicité des conditions de travail et la lourde charge des médecins.

Des aspects paracliniques

Les explorations complémentaires ne sont pas systématiques au cours des dermatoses dans notre service. Elles ont permis de confirmer le diagnostic des tréponématoses, de noter la fréquence de l’anémie, de l’hyperéosinophilie et des polyparasitoses chez certains enfants. Ces constats incitent à un renforcement du plateau technique afin d’améliorer le diagnostic et la prise en charge des dermatoses.

 

CONCLUSION

Les enfants occupent une place de choix dans les consultations de dermatologie du CHU de Ouagadougou. Les dermatoses observées chez l’enfant Burkinabè ne sont pas différentes de celles retrouvées dans les autres pays tropicaux. Les dermatoses infectieuses et le prurigo sont prépondérantes dans notre service en raison des facteurs environnementaux du climat tropical aride. Bien que les affections dermatologiques ne soient pas considérées comme prioritaires en terme de pronostic vital, elles n’en constituent pas moins un véritable problème de santé publique de par leur fréquence, leur incidence socio-économique et le risque de glomérulonéphrite et d’atteinte de l’état général des infections cutanées.

 

Références

  1. Aujard Y., Bourrillon A., Gaudelus J. Pédiatrie, Bruxelles, Éditions Ellipses/AUPELF, 1989:205p.
  2. Basset A., Basset M., Liautaud B., Maleville J. Dermatoses infectieuses et parasitaires sur peau noire, Paris, Éditions Pradel 1988,1:116p.
  3. Basset A., Liautaud B., Ndiaye B. Dermatologie de la peau noire, Paris Éditions MEDSI 1986,1:115p.
  4. Grenier B., Gold F. Dermatologie. In Développement et Maladies de l’enfant, Paris, Édition Masson 1986:351-363.
  5. Institut national de la Statistique et de la Démographie. Enquête Démographique et de Santé de 1993, Rapport de synthèse, Ouagadougou, 1994,20p.
  6. Kam K.L., Sanou I., Sawadogo A., Soumouni D.N., Zéba B. Fièvre et étiologies chez les hospitalisés de pédiatrie du CHN-YO. Ann Univers Ouaga 1996; Série B,Vol.II:203-211.
  7. Larrègue M., Canuel C., Laidet B., Bressieux J.M. Infections cutanées chez l’enfant. Encyl Med. Chir, Paris, Pédiatrie, 4112 A50, 7-1982.
  8. Lorret G., Vaillant L. Dermite atopique: une affection fréquente. La Pratique Médicale, Dermatologie 1987;41:8-13.
  9. Pierard G.E., Caumes E., Francimont C., J.A. Estrada. Dermatologie Tropicale, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles 1993:605p.
  10. Sékkat A., Sedrati O., Derdabi D. Les dermatoses de l’enfant dans le service de dermatologie de H.M.I. Mohamed V (CHU-Rabat). Nouv. Dermatol.1992;3:8.
  11. Tchangaï-Walla K., Pitché P., Agbéré A., Bakondé B. Les Motifs de consultations des enfants en dermatologie à Lomé (Togo). Med Afr Noire 1995,42:391-2.
SOMMAIRE

Ce site est hébergé par le CHU de Rouen. Maître Toile:Brahima CISSE Mise à jour le 15/12/1999