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Recherche Médicale: Publications pédiatriques

LES DÉTRESSES RESPIRATOIRES

DU NOUVEAU-NÉ

DANS L’UNITÉ DE NÉONATOLOGIE DU CENTRE HOSPITALIER NATIONAL

DE OUAGADOUGOU, BURKINA FASO.

 

K.l.Kam, D.O.Yé1, a. Sawadogo1, I. Sanou1, a.Traoré1,

F. Kouéta1, l. Dao1, b. Zéba1, a. Zoungrana1

 

 

RÉSUMÉ

 

Afin de guider le choix d’une meilleure stratégie de prise en charge des malades, les auteurs ont étudié de façon rétrospective les dossiers de 138 nouveau-nés ayant eu une détresse respiratoire d’avril 1993 à mars 1997, soit pendant une période de quatre ans.

La fréquence globale était de 14,51%. Il y avait deux garçons pour une fille (sex ratio=2). Le score d’Apgar était inférieur à 3 chez 63,27% des enfants dont 74,38% avaient été réanimés à la naissance. Les enfants étaient nés par césarienne dans 35,09% des cas.

Les motifs d’hospitalisation étaient dominés par les détresses respiratoires 88 fois (63,77%), la réanimation à la naissance 49 fois (35,51%), et le mauvais état général 25 fois (18,11%).

Les principaux signes généraux étaient la cyanose 43 fois (31,16%), la pâleur 14 fois (10,14%) et l’ictère 10 fois (7,24%).

Une polypnée a été notée 124 fois (89,85%), un tirage intercostal 120 fois (86,95%), un battement des ailes du nez 111 fois (80,43%), et un geignement expiratoire 55 fois (39,85%). Le score de Silverman était inférieur à 7 dans 69,67% des cas.

Une hypotonie a été notée 96 fois (69,56%). Des malformations congénitales ont été rencontrées. Il s’agissait d’une imperforation choanale, de deux atrésies de l’oesophage, d’une fente palatine et d’une dysmorphie crânio-faciale. Les principales pathologies associées à la détresse respiratoire ont été les infections et la souffrance néonatales respectivement 61 et 60 cas ( 44,20 et 43,47%).

Sur le plan évolutif, 50% des enfants sont décédés. Les souffrances et les infections néonatales y ont été associées respectivement 38 fois (55,07%) et 25 fois (36,53%).

Les auteurs concluent que la détresse respiratoire néonatale est une urgence caractérisée par une forte létalité et dont la meilleure prise en charge doit être axée sur la prévention qui passe par une meilleure connaissance de ses causes.

 

Mots clés : Détresse respiratoire néonatale, épidémiologie, clinique, évolution, Burkina Faso.

 

INTRODUCTION

 

La détresse respiratoire est une manifestation pathologique fréquente chez le nouveau- né [7]. Elle est liée à des perturbations des échanges gazeux entraînant une anoxie cérébrale.

Sa gravité tient à la mise en jeu du pronostic vital immédiat et aux séquelles neurologiques invalidantes à long terme [7].

Ses causes sont multiples et variées. Elles vont des affections pulmonaires , aux infections, aux malformations cardiaques et à certaines ectopies d’organes [2, 3].

A notre connaissance, cette question a été très peu abordée dans la littérature africaine.

Le but de notre travail est de rapporter les aspects épidémiologique, clinique et évolutif des détresses respiratoires rencontrées dans notre unité de néonatologie pour une meilleure connaissance de celles-ci et guider le choix d’une stratégie adaptée de prise en charge.

 

MÉTHODOLOGIE

 

Il s’agissait d’une étude rétrospective réalisée dans l’unité de néonatologie du service de pédiatrie du CHN-YO de Ouagadougou d’avril 1993 à mars 1997, soit quatre ans. Cette unité a une capacité de dix berceaux et de six couveuses et comporte un aspirateur en bon état et une source d'oxygène délivrée au masque.

A été inclus dans l’étude tout nouveau-né admis pour détresse respiratoire ou ayant développé celle-ci au cours de son hospitalisation.

Nous avons défini la détresse respiratoire comme étant une modification de la fréquence respiratoire associée à au moins un signe de lutte (battement des ailes du nez, rétraction thoracique, geignement expiratoire, asynchronisme thoraco-abdominal, entonnoir xiphoïdien) avec ou sans cyanose.

Les données ont été recueillies à partir des dossiers de malades sur des fiches individuelles. Les variables étudiées ont été les suivantes: l’état civil (âge, sexe), les données relatives à la mère (antécédents de diabète, d’HTA, de toxémie gravidique, d’infection maternelle), les données relatives à l’accouchement (rupture prématurée des membranes, aspect du liquide amniotique, mode d’accouchement), les données relatives à l’enfant (âge gestationnel, score d’Apgar, notion de réanimation à la naissance, poids de naissance), les données de l’examen clinique.

Ces données ont été saisies et analysées sur micro-ordinateur avec le logiciel epi info version 6.0 . Le test statistique chi 2 de Pearson a été utilisé pour comparer les variables et il a été considéré comme significatif pour p <0,05.

 

RÉSULTATS

 

Données épidémiologiques

Fréquence globale.

Au cours de la période de notre étude, 951 nouveau-nés ont été admis dans le service. Parmi eux, 138 ont présenté une détresse respiratoire, soit une fréquence de 14,51%.

Répartition des cas selon l’âge gestationnel.

Celui-ci a été précisé 122 fois soit 88,40%. Les âges extrêmes allaient de 30 à 41 semaines, avec une moyenne de 40,11 + 2,42 semaines. Dix nouveau-nés, (8,19%) étaient nés avant terme.

Répartition des cas selon le sexe.

Parmi les malades, 92 (66,67%) étaient de sexe masculin et 46 ( 33,33%) de sexe féminin. Le sex ratio était de 2 en faveur des garçons.

Répartition des cas selon le score d’Apgar.

Le score d’Apgar a été précisé 98 fois (71,01%) à la première minute, 80 fois à la 5° minute (57,97%), et 39 fois à la 10° minute (24,88%). Il a été mauvais (< 3) dans 63,27% des cas à la première minute, dans 50% des cas à la cinquième minute et dans 38,46% des cas à la dixième minute.

Répartition des cas selon la notion de réanimation à la naissance.

Cette notion a été précisée 121 fois (96,68%), 90 enfants ont été réanimés soit 74,38%.

Pathologies maternelles.

Nous avons relevé 5 cas d’HTA, 4 cas d’infections urogénitales, 2 cas de syphilis, 1 cas de méningite. Nous n’avons pas noté de cas de diabète.

Déroulement de la grossesse et de l’accouchement.

Un seul cas de rupture prématurée des membranes a été retrouvé sur 129 précisés , soit 0,77% des cas.

Le liquide amniotique a été teinté 20 fois sur 23 cas précisés (86,95%).

- Le mode d’accouchement a été précisé 134 fois (97,10%) répartis en 43 césariennes (32,08%), 2 accouchements par voie basse après manoeuvres obstétricales (1,49%) et 89 accouchements simples (66,42%).

La souffrance a été significativement associée à la césarienne, p = 0,0001.

Données cliniques

Motifs d’hospitalisation.

De nombreux motifs d’hospitalisation ont été relevés. Certains enfants ont été référés pour plusieurs motifs à la fois, si bien que le nombre de ceux-ci ne correspond pas au nombre de malades. Les cinq principaux motifs d’hospitalisation ont été les suivants, par ordre décroissant:

De nombreux autres motifs ont été rapportés. Il s’agissait notamment de cyanose, de refus d’alimentation, de traumatisme obstétrical, d’hématome du front (5 cas chacun soit 3,62%), d’état de mort apparente quatre cas (2,89%), de convulsions, d’ictère, d’hypertension artérielle de la mère, d’hypotrophie foetale, d’hypotonie, de vomissements (3 cas chacun). Le ballonnement abdominal, le liquide amniotique purée de pois, la pâleur des téguments le traumatisme des membres n'ont été relevés qu'une fois chacun.

Signes généraux

La température: elle a été inférieure à 36°C dans 42 cas (31,11%), comprise entre 36 et 38°C dans 85 cas (62,96%) et supérieure à 38°C dans 8 cas (5,93%).

L’état général était mauvais 72 fois sur 138 (52,22%). Les principaux signes généraux ont été la cyanose, 43 cas (31,16%); la pâleur, 14 cas (10,14%); l’ictère, 10 cas, (7,24%); la déshydratation, 8 cas (5,79%).

Signes physiques

Signes respiratoires : les signes fonctionnels sont regroupés sur le tableau I:

Tableau I: Signes respiratoires fonctionnels

 

Troubles

Signes

Cas

%

Modification

du rythme

Polypnée

Bradypnée

Apnée

124

14

13

89,95

10,14

9,42

Signes de lutte

Tirage intercostal

Battements ailes du nez

Geignement expiratoire

Entonnoir xiphoïdien

Balancement thoracoabdominal

120

111

55

54

 

38

86,95

80,40

39,85

39,13

 

27,53

 

La polypnée , le tirage intercostal, le balancement thoraco-abdominal étaient les signes les plus constants.

L’appréciation du Score de Silverman rapporté 122 fois (88,4%) révélait que 85 cas (69,67%) étaient au-dessous de 7 et 18 au-dessus.

L’auscultation pulmonaire a révélé des râles bronchiques 28 fois (20,28%), des râles alvéolaires 6 fois (4,34%).

L’examen des autres appareils a montré :

Des pathologies ont été associées à la détresse respiratoire. Le tableau II en donne les principales.

Les plus fréquentes ont été les infections et les souffrances néonatales. D’autres pathologies comme la dysmaturité, l’anémie néonatale, la maladie hémorragique du nouveau-né, l’intoxication ont été rencontrées.

Tableau II : Principales pathologies associées à la détresse respiratoire

 

Pathologies

Nbre observé

%

Infections néonatales

Souffrances néonatales

Prématurité

Trauma. obstétrical

61

60

9

8

44,20

43,47

6,52

5,79

 

Aspects évolutifs

Dans l’évolution générale, il ressortait que 69 enfants (50%) qui avaient une détresse respiratoire dans notre unité sont décédés.

Nous avons trouvé 50% de létalité pour un score supérieur ou égal à 7 et autant pour un score inférieur.

La répartition des décès par rapport aux pathologies associées a révélé que les souffrances néonatales intervenaient 38 fois (55,07%), tandis que les infections étaient présentes 25 fois (36,53%).

 

DISCUSSION

 

La détresse respiratoire du nouveau né est une urgence préoccupante en néonatalogie.

Le taux de 14,51% que nous rapportons dans notre série est élevé et supérieur à celui de Saintonge [8] qui est de 5 à 10%. La différence des contextes de travail pourrait expliquer cet état de chose.

Nous avons noté une prédominance masculine. Saintonge a fait des observations allant dans le même sens [8]. Il n’y a pas d’explication, mais ceci pourrait être un effet du hasard.

Les pathologies maternelles associées aux détresses respiratoires étaient classiques. Il s’agissait d’infections urogénitales, de syphilis, et d’HTA. Aucun cas de diabète n’a été observé.

Les motifs d’hospitalisation étaient nombreux et variés. Ils traduisent la diversité classique des facteurs associés à la détresse respiratoire [5].

Les enfants étaient en mauvais état général dans 52,22% des cas dont 37,04% présentaient des troubles de la thermorégulation. Par ailleurs, l’hypotonie était largement associée aux détresses respiratoires dans notre série. Tous ces éléments traduisent la gravité extrême de cette pathologie. Le fait que la majorité des cas étaient des formes modérées avec un score de Silverman inférieur à 7 ne prouve pas le contraire et ce, d’autant que la méconnaissance des formes sévères par épuisement est une éventualité probable dans notre contexte de travail. En effet, 96 cas d'hypotonie et 13 cas d'apnée, qui sont des signes cliniques de gravité selon Mouzard [4], ont été rapportés dans notre série.

De nombreuses affections sont associées aux détresses respiratoires dans notre milieu avec en tête les infections et les souffrances néonatales. Les infections pulmonaires ont été retrouvées noyées dans le contexte global des infections néonatales. Nous n’avons pas retrouvé de maladie des membranes hyalines comme Saintonge [8] pour qui celle-ci occupe la deuxième place des causes de détresse respiratoire. Mais nous ne pouvons écarter de façon absolue cette éventualité étant donné que la prématurité, première cause de cette maladie, a été plusieurs fois associée à la détresse respiratoire dans notre série.

Très peu de malformations congénitales ont été rencontrées et les plus parlantes étaient une imperforation choanale, deux atrésies de l’oesophage, une fente palatine et une dysmorphie crânio-faciale non étiquetée. L’imperforation chaonale et l’atrésie de l’oesophage sont des affections fréquentes et reconnues comme causes évidentes de détresse respiratoire [4, 5].

Les nombreux cas de souffrance néonatale que nous avons rencontrés nous font suspecter la possibilité d’inhalation du liquide amniotique. De même, parmi les 29 enfants qui sont nés par césarienne et qui ont souffert, certains ont probablement présenté un retard de résorption du liquide pulmonaire. En effet, le rapport entre césarienne et détresse respiratoire par retard de résorption du liquide pulmonaire est bien établi [1,5,6,8]. Ainsi, les pathologies associées aux détresses respiratoires ont été largement sous-estimées et ce, par défaut de diagnostic lié au manque de moyens plutôt que par absence effective de ces affections. Il en est ainsi des maladies métaboliques, des malformations congénitales cardiaques et pulmonaires classiquement reconnues comme causes de détresse respiratoire [1,5].

Sur le plan évolutif, des complications classiques telles que les épanchements gazeux intrathoraciques (emphysème, pneumothorax), l’insuffisance respiratoire prolongée [1] n’ont pas été retrouvées. Cette évolution s’est faite plutôt vers le décès dans la moitié des cas, les infections et souffrances néonatales occupant une place de choix parmi les causes de celui-ci.

 

CONCLUSION

 

La détresse respiratoire est une pathologie redoutable couramment rencontrée en pratique pédiatrique. Sa fréquence nous parait élevée à l’unité de néonatologie du Centre Hospitalier National Yalgado Ouédraogo. Elle est le plus souvent associée à un mauvais score d'Apgar à la naissance, à l’existence d’une notion de réanimation et à une altération importante de état général.

Les pathologies qui lui sont associées sont dominées par les souffrances et les infections néonatales. Certaines malformations congénitales reconnues comme causes de détresse respiratoire ont été retrouvées. Sa létalité est effroyable.

Cette étude, malgré ses insuffisances, attire notre attention sur la gravité du pronostic des détresses respiratoires dans notre contexte de travail. Elle nous interpelle aussi à une meilleure connaissance de leurs causes afin de guider le choix de stratégies de prévention adaptées.

 

RÉFÉRENCES

 

  1. Clamadieu C, Jarreau P H, Moriette: Détresse respiratoire du nouveau né à l’exclusion de la pathologie ORL et cardiaque. EMC, Elsevier, Paris, Pédiatrie, 1996, 4-00 2 R-10: 10p
  2. Josset P, Boccon-Gibod L, Lacombe H: Les causes de détresse respiratoire néonatale: hétérotopie du tissu cérébral dans le cavum. Arch Fr Péd., 1992, 49: 535-538.
  3. Mogilner JG, Foncecas J, Davies M R Q: Life threatement respiratory distress caused by mediastinal teratoma in a newborn. Journal of pediatric Surgery,1992; 27: 1519-20.
  4. Mouzard A.: Détresses respiratoires du nouveau-né: diagnostic positif, principes du traitement d'urgence. Rev. Prat., 1991; 18: 1735-1740.
  5. Perelman R: Détresse respiratoire néonatale. Périnatologie, Paris; Maloine,1995; vol. 1: 788-798.
  6. Salle B: Les détresses respiratoires néonatales. SIMEP, 1984, vol. 1: 120-129.
  7. Solla F, Hascoet J M Lacroze V, Bonneaux C, Vert P: Détresses respiratoires néonatales, rôles de l’infirmière puéricultrice dans le service de pédiatrie générale du CHU général. Journal de pédiatrie et de puériculture , 1992, 1: 35 -40

Saintonge J: La détresse respiratoire du nouveau né: approche diagnostique. Pédiatrie, 1991, 46: 411-416.

SOMMAIRE

Ce site est hébergé par le CHU de Rouen. Maître Toile:Brahima CISSE Mise à jour le 15/12/1999