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Bulletin de la Société de Toxicologie Clinique |
Editorial mars 2000
Vendredi, vingt-deux heures. C'est l'hiver. Une très légère
brume flotte sur le périphérique parisien. Les panneaux lumineux qui enjambent
le boulevard enjoignent les conducteurs à réduire leur vitesse de vingt
kilomètres/heure. La raison en est-elle la proximité d'un bouchon ? Une
chaussée rendue glissante par le verglas ? Rien de tout cela. A l'origine de
cette stricte consigne, se trouve un nouveau paramètre dont les automobilistes,
outre l'état de la circulation routière et les conditions météorologiques,
doivent depuis quelques temps tenir compte : la pollution atmosphérique.
Qu'ils circulent à pied ou en voiture, les habitants des villes ont dû depuis
peu se familiariser avec la notion de "pic", se découvrir un ennemi
invisible, l'ozone. Ces notions sont entrées dans leur quotidien. Nous savons
que les transports produisent 35 % des gaz "à effet de serre", qui
font beaucoup parler d'eux, notamment depuis les terribles tempêtes de fin 1999
: en effet, certains scientifiques accusent gaz carbonique, méthane, CFC et
particules en suspension d'être à l'origine de ces désordres climatologiques,
en accélérant le réchauffement de l'atmosphère terrestre...
Voici environ cinquante ans que les effets de la pollution atmosphérique
préoccupent les responsables de la santé publique des grands pays
industrialisés. Nous entrons dans un vaste domaine, aux aspects nombreux et
parfois diffus. La complexité du problème, la difficulté à estimer ses
méfaits viennent de la grande diversité des polluants présents dans l'air
ambiant et de la variabilité des teneurs et des réactions interindividuelles,
car, même si nous disposons d'"indicateurs", leur pertinence et leur
fiabilité à long terme n'ont pas encore pu être démontrées.
Certains chiffres, pourtant, sont rassurants. A Mexico, qui passe pour l'une des
villes les plus polluées au monde, le programme spécifique mis en place par
les autorités voici quelques années (contrôle semestriel des véhicules,
fermeture des usines au-delà d'un seuil "acceptable" de "pollutivité"),
a permis de réduire les émissions polluantes et d'améliorer sensiblement la
qualité de l'air.
Dans les villes occidentales, la teneur de l'air en SO2 et en plomb a été
divisée par deux au cours des quinze dernières années. Mais qu'en est-il
réellement au regard de la santé publique ?
Les chiffrent concordent-ils ?
Quant aux manifestations concrètes d'une volonté politique allant dans le sens
du respect de l'environnement, que reste-t-il du sommet de Rio, du protocole de
Kyoto, signé en 1997 ? Dans le prolongement de l'esprit qui préside à
l'économie actuelle, ne pourrait-on envisager une "mondialisation" de
la lutte contre la pollution ? Les bonnes intentions ont été tout récemment
réactivées par nos gouvernants : elles comprennent des mesures visant à
réduire les émissions de gaz à effet de serre, en particulier les oxydes de
carbone, et à sanctionner financièrement les entreprises les plus nuisibles.
Aujourd'hui, les états occidentaux montrent du doigt les pays en voie de
développement comme étant les principaux pollueurs de la planète,
l'augmentation des émissions polluantes étant proportionnelles à la
croissance économique. Aucun dispositif n'est prévu pour assurer le contrôle
de ces rejets. "La pollution est un sous-produit de l'activité
industrielle", répliquent les intéressés, "et à ce titre il y va
de notre économie, c'est-à-dire de notre avenir". Que les pays tentent de
survivre ou soient en plein essor, c'est leur devenir économique et par
conséquent humain qui est en jeu.
Il apparaît que la pollution atmosphérique est le revers de nos sociétés
industrialisées, et la réduire à zéro est impossible. Ses effets sur
l'environnement sont indissociables de ses effets sur la santé. Enfin, la
découverte d'éventuels remèdes, préventifs ou curatifs, à quelque échelle
que ce soit, passe par une connaissance approfondie de l'impact de la pollution
sur le monde vivant. Concernés au premier chef, des toxicologues s'attachent à
étudier le problème et la multiplicité de ses données. Alors, faut-il
s'alarmer ?
Au-delà de toutes les idées reçues, c'est ce à quoi nous vous proposons de
réfléchir, à travers ce premier numéro des années 2000.
La rédaction.