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Bulletin de la Société de Toxicologie Clinique |
Editorial octobre 99
En cette fin de siècle déjà si troublée, il nest pas de semaine où de nouvelles sources dinquiétude de grande dampleur se manifestent. Des aliments qui ont tout lieu dêtre anodins deviennent soudain nos ennemis, remettent en cause notre santé et laissent entrevoir les failles de mesures sanitaires que lon croyait imparables. Les énumérer en devient fastidieux : les fromages à la listeria, le poulet contaminé à la dioxine, le Coca-Cola suspecté de toxicité... quoi dautre, demain ? Notre profession reste sur le qui-vive. Parmi les substances incriminées, il en est une qui progresse sans publicité puis réapparaît à la Une de nos médias : le mercure.
Le mercure, qui tire son nom du dieu latin des voyageurs et du commerce, est le seul
métal liquide à température ambiante. Il possède comme une aura de mystère.
Cest le vif-argent, littéralement le quicksilver anglais, qui se met en
billes et file comme de leau, lhydrargyre, doù son symbole Hg,
qui peut-être mène à la pierre philosophale. Les Romains connais-saient sa nocivité et
sen défiaient. Des mythes continuent à hanter les esprits, des vieilles croyances
alchimiques qui lui sont toujours attachées (ce métal symbolisant lélément
masculin, le jeune homme) jusquà certains désespérés, qui à la fin du siècle
dernier, choisissaient le suicide au sublimé de mercure de préférence à tout autre
moyen, jugé banal et sans attrait. Funeste réputation, déjà...
Naturellement présent dans la croûte terrestre, le mercure se diffuse dans leau et latmosphère. Cependant, avec dautres métaux lourds tel le plomb, la teneur en mercure de notre environnement ne cesse de croître et suscite aujourdhui de graves préoccupations à léchelle mondiale. Nous savons que ce sont certaines activités industrielles qui, avec leurs rejets aveugles, en portent la responsabilité. Nous connaissons bien la toxicité du mercure et ses effets sur la santé, principalement chez ceux qui y sont constamment exposés dans leur contexte de travail. Et nous navons pas oublié la catastrophe de Minamata et ses victimes....
Linterdiction récente des thermo-mètres à mercure a renforcé la méfiance à son égard. Une moquette contaminée est bonne à être éliminée; il en est parfois de même pour laspirateur qui a servi à récupérer cet élément insaisissable ! Alors, faut-il voir dans ce métal un danger potentiel, quelle que soit la forme sous laquelle il se présente ?
Ce nest pas un secret, beaucoup dentre nous sont concernés par les amalgames dentaires, dits amalgames dargent. Depuis leur apparition, au début du XIXème siècle, et jusquà aujourdhui, ils ont soulevé de vives polémiques. On remet régulièrement en cause le biomatériau dobturation le plus employé au monde. Bon nombre de troubles, liés à la libération du mercure quil contient, lui sont imputés. Partisans et détracteurs saffrontent, arguments et contre-arguments sannihilent, un discours pseudo-scientifique apparaît même, faisant fi de toute évaluation contrôlée des risques. Ces attaques sont-elles justifiées ? Ne relèvent-elles pas plutôt dune psychose due à un manque dinformation ? Cest justement ce à quoi nous tentons de répondre dans le dossier spécial de ce numéro.
Bonne lecture.
La rédaction