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Bulletin de la Société de Toxicologie Clinique |
Editorial Février 99
La toxicologie clinique, ou toxicologie médicale comme beaucoup préfèrent lappeler, est-elle mal en point ? Lévolution de ces vingt dernières années peut le laisser penser.
Pendant trop longtemps, des luttes de pouvoir ont freiné toute évolution et miné par avance toute tentative de faire avancer les choses. Beaucoup de temps perdu, beaucoup de gâchis. Cela doit changer. Même si certaines équipes sont reconnues au plan international, nous pouvons, collectivement, faire beaucoup mieux. Ce nest que par une volonté commune et une ambition bien comprise que la toxicologie clinique pourra résister aux mauvais coups, survivre, puis enfin apparaître comme une réelle discipline scientifique.
La toxicologie nest pas une discipline médicale universitaire, et il est peut être trop tard. Là encore, on peut penser que tout na pas été fait dans le passé pour cela. Peu importe , commençons, ou recommençons, par le début. Faire progresser les soins, lenseignement, et la recherche en toxicologie, pour ensuite, peut être, être reconnus. Faire progresser les soins, cest montrer que le raisonnement clinique en toxicologie sappuie sur des connaissances actuelles validées, cest montrer que la prise en charge dun patient a depuis longtemps dépassé le cliché suranné du seul lavage gastrique. La même rigueur est nécessaire en toxicologie clinique comme dans nimporte quelle discipline. Si nous ne sommes pas convaincus, qui le sera ?
Le projet de création dun diplôme inter-universitaire de toxicologie médicale, initié par le professeur H. Lambert, est en très bonne voie. Un consensus assez général sest fait récemment sur le programme de cet enseignement et on peut espérer que peu à peu, un nombre significatif duniversités suivra le mouvement.
Nous devons aussi encourager et aider la recherche clinique en toxicologie. Ainsi par exemple, F. Baud se propose de coordonner une étude multicentrique sur la toxicité aiguë des produits de substitution.
Loccasion nous est donnée de montrer que la STC peut être un élément moteur de ce type de projet. Encourager la publication de travaux de qualité est aussi une mission de la STC : un prix du meilleur article publié par un auteur francophone sera décerné chaque année. Enfin, le programme scientifique de la STC va senrichir cette année de plusieurs réunions courtes le lundi après-midi à Paris, dune journée thématique à Lyon en juin, et du congrès à Angers en décembre, en partenariat avec la Société Française de Toxicologie Analytique. La STC sera aussi présente en juin à Marseille au congrès de la Société Francophone dUrgences Médicales. Et nous fêterons lan 2000 ensemble à Bruxelles !
Dernier point, qui nous ramène à lhistoire des centres anti-poisons. La STC a suivi jusquà maintenant une histoire parallèle à celle des centres antipoison. Et pendant longtemps, la STC a été linterlocuteur de leurs tutelles, en particulier à la Direction Générale de la Santé. Une page se tourne, puisque dorénavant une association professionnelle va spécifiquement soccuper de lorganisation des centres antipoison et de toxicovigilance. Ce changement était souhaité par beaucoup. Cest en quelque sorte ne plus mélanger société savante et syndicat professionnel, cest ne plus confondre les objectifs dune discipline médicale et les raisons dêtre de textes réglementaires. Il nen reste pas moins que cest à nous maintenant, bureau et membres de la STC, dimaginer et de trouver des points de synergie avec les tutelles, quelles quelles soient, et lensemble des sociétés savantes concernées par la toxicologie, pour faire vivre et progresser la toxicologie clinique.
Le pari est difficile mais je suis convaincu que nous avons de bonnes cartes à jouer et que des choses passionnantes sont encore possibles. Lessentiel dépend de nous.
V. DANEL
Président de la STC