InfoTOX

Bulletin de la Société de Toxicologie Clinique

Editorial Octobre 98

 

Parent pauvre de la grande toxicologie, l'analytique a trop souvent été négligée par le passé. Mais en cette fin de millénaire, la revanche est magistrale. Polyintoxications médicamenteuses, intoxications rares par les pesticides ou les principes actifs issus de plantes, soumission chimique, conduite automobile sous influence, dopage ... la matérialité ou la preuve d'une exposition à un xénobiotique passent par l'analyse.

L'intérêt grandissant de l'analyse est confirmé par l'augmentation exponentielle des membres de la Société Française de Toxicologie Analytique (SFTA) et des manifestations scientifiques traitant de ce sujet. Toxicorama, journal de la SFTA, est le seul périodique survivant sur la scène française de la Toxicologie.

Historiquement, c'est l'Espagnol Orfila (1787-1853) qui a fondé la Toxicologie moderne, en corrélant la structure chimique des toxiques à leurs effets biologiques. Il a introduit la notion médico-légale pour faire la preuve d'une intoxication et a développé, à partir du matériel autopsique, les premières méthodes analytiques.

Curieusement, et on le dit encore souvent de nos jours, les prélèvements issus de cadavres sont mieux analysés que ceux de patients en services de réanimation. Y-aurait-il 2 toxicologies analytiques, l'une hospitalière et l'autre médico-légale ? Je ne le crois pas, mais manifestement, les laboratoires pratiquant l'expertise judiciaire disposent d'un parc de matériel analytique plus important que celui de leurs confrères hospitaliers.

De même, à l'hôpital, la toxicologie analytique est souvent confinée dans un secteur automatisé, fait d'analyseurs d'immunochimie ou de systèmes de chromatographie "presse boutons". Notre matière n'a rien à gagner de la robotisation. L'idéal est de disposer d'un service spécialisé en Toxicologie, prêt à répondre aux demandes des cliniciens sur une très large gamme de produits, comme les médicaments, les stupéfiants, les produits industriels ou agricoles ou encore les alcaloïdes de plantes. La généralisation des recherches toxicologiques complètes et systématiques avec des couplages de spectrométrie de masse n'a-t-elle pas récemment permis d'objectiver les risques de l'association buprénorphine et benzodiazépines ?

La Toxicologie analytique a bénéficié ces dernières années de nombreuses innovations techniques. Chaque labo-ratoire de Toxicologie doit posséder un couplage chromatographie liquide/barette de diodes et un couplage chromatographie gazeuse/spectrométrie de masse. De plus, il conviendrait d'encourager en France la création de 3 ou 4 laboratoires de référence, disposant pour les intoxications rares des systèmes les plus performants comme la GC/MS/MS, la LC/MS ou l'ICP/MS.

Par ailleurs, du fait d'une sensibilité accrue, le volume des échantillons biologiques doit diminuer pour augmenter le confort du malade. L'introduction dans l'arsenal analytique de nouvelles matrices, comme les cheveux, permet de mieux documenter les observations et apporte un calendrier historique de l'exposition.

En conclusion, il me semble que la science des poisons doit être mieux défendue. Cliniciens et Analystes ... même combat ! Faisons reconnaître notre spécificité, pour qu'enfin la Toxicologie soit reconnue comme discipline à part entière et donc validante à l'Internat de médecine, comme de pharmacie.

 

Dr Pascal KINTZ
Président de la Société Française de Toxicologie Analytique (SFTA)

 

Suite du bulletin n°5


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