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Bulletin de la Société de Toxicologie Clinique |
Editorial Juin 98
La soumission chimique, une délinquance méconnue
Des manipulations psychiques à incidence délictuelle ou criminelle obtenues par ladministration, dans un but non thérapeutique, de substances médicamenteuses, de drogues ou autres molécules, sont rapportées de plus en plus fréquemment. Ces faits, à incidence judiciaire fréquente, sont actuellement mal reconnus par les toxicologues ou les urgentistes hospitaliers.
Leur reconnaissance passe nécessairement par une identification aussi précise que possible de la molécule en cause (éventuellement à posteriori, grâce à lobtention de sérothèques systématiques devant toute anomalie mnésique, motrice ou mentale de cause non élucidée). Elle permet souvent, si suspectée à raison, une économie en journées dhospitalisation et dexamens chez des sujets consultant pour des anomalies brutales du comportement pouvant prendre le masque dune pathologie organique, type épilepsie ou ictus amnésique.
La fréquence de ces abus sétend rapidement, tant en France quà létranger et pose de nouveaux défis aux toxicologues cliniciens. Les molécules en cause sont essentiellement benzodiazépiniques, mais semblent sétendre à dautres hypnotiques récents, type cyclo-pyrrolones et imidazopyridines, ou à des drogues illicites, type amphétamines et à des non-médicaments (bromures).
Une telle situation soulève certaines interrogations :
Lassimilation peut-elle se faire avec les syndromes déjà décrits chez les
"enfants chimiquement battus" ? et/ou aux aveux policiers, militaires ou
psychiatriques obtenus sous psychotropes ?
Les populations à risque peuvent-elles être identifiées (dans un but de prévention) ?
Comment classer, sur le plan judiciaire, les violences exercées sur les victimes ?
Sagit-il dun "empoisonnement" auquel cas il sagirait dun
crime passible des Assises ? De "coups et blessures volontaires" avec
préméditation qui ne constituent quun délit et relèvent donc de la
Correctionnelle ?
Ces faits ne doivent enfin pas être confondus avec les "illusions" dénoncées
sous psychotropes, ou les "médicaments-alibis", argument dont se réclament
certains accusés après des actes délictuels.
Lélucidation de ces phénomènes de soumission chimique est à son tout début en
toxicologie clinique.
Chantal BISMUTH
Sylvain DALLY