Infotox

Bulletin de la Société de Toxicologie Clinique

Éditorial novembre 2001

Au confluent de l’éthique, du droit, de la médecine, de la philosophie, voire de la religion, les problèmes soulevés par la transplantation d'organes et le développement des sciences biomédicales suscitent, depuis la fin des années 60, des débats toujours alimentés par le progrès scientifique et la stagnation des mentalités.
Le monde médical a notamment été amené, au cours des dernières décennies, à se pencher sur une définition de la mort et à codifier les moyens d’en établir le diagnostic certain. C'est aujourd'hui le concept de mort cérébrale qui prévaut.
Une évolution de la législation est apparue nécessaire. Pour tout acte visant au prélèvement et à l'utilisation d'organes et de produits du corps humain, les lois dites “ bioéthiques ” de juillet 1994, tout en consacrant la primauté, le respect et l'inviolabilité de la personne humaine et en rejetant "l'instrumentalisation" du corps, posent le principe du consentement présumé.
Dans une société de plus en plus déstructurée et particulièrement déstabilisante pour l'individu, on peut s'étonner qu'en ce domaine, aucun texte ne livre d'indication concernant le suicide. On sait que dans certains cas, la mort par intoxication, volontaire ou accidentelle, ne présente pas de contre-indication au prélèvement d'organes.
Si le suicide ne constitue pas une faute punie civilement ou pénalement, il reste condamné par la société au nom de la morale. A ce titre la position de la religion est sans appel. Le suicide remet en cause l'entourage, voire la structure familiale du défunt. C'est avant tout un acte entouré de douleur, de silence, de culpabilité. Le don d'organe, la transplantation sont des actes de vie a priori incompatibles avec cette manifestation de désespoir.
Au regard de la médecine, le suicide soulève une question cruciale : est-on en droit de prélever un ou des organes sur le corps d'un suicidé, le droit évoqué se rapportant, non pas à la licité de l'acte, mais à la conscience individuelle ? Et, à l'inverse, au-delà des circonstances du décès et de considérations d'ordre moral et déontologique, le médecin peut-il refuser l'opportunité d'un don, sachant que la pénurie d'organes disponibles réduit les chances de survie des patients sur liste d'attente ?
C'est bien le respect de la personne humaine à travers son unicité et sa volonté expresse ou non qui s'oppose ici à la préservation et à la sauvegarde de la Vie. Il n'existe pas de solution déjà édictée, pas de règle. Il peut néanmoins sembler judicieux d'interroger le droit français pour y trouver des bases à la réflexion.
D'une part, le Code de la Santé publique affirme que "les principes déontologiques fondamentaux relatifs au respect de la personne humaine, qui s'imposent au médecin dans ses rapports avec son patient, ne cessent pas de s'appliquer avec la mort de celui-ci."
D'autre part, le respect de la volonté du défunt est posé en principe absolu par la loi française. Dès lors, pourquoi ne pas considérer comme implicite l'absence de consentement ? Si un individu a décidé d'accomplir ce geste fatal, de disposer librement de sa vie et par là même de son corps, il serait logique de respecter le désir d'anéantissement de sa personne en tant qu’entité psychophysique qui le sous-tend.
Le respect de cette volonté semble, du point de vue du médecin, une attitude dictée par la décence. Ne revient-elle pas à accorder une preuve d'humanité à ceux pour qui le geste suicidaire représente l’ultime refuge de la liberté individuelle ?
INFOTOX vous invite à réfléchir avec ce numéro consacré au thème : "Intoxication et transplantation".

La Rédaction

Suite du bulletin n°14


[Menu Général CHU][InfoTox]