INTOXICATION COLLECTIVE PAR TRICHOLOME
EQUESTRE (Bidaou) Une femme de 56 ans consomme 4 jours de suite des tricholomes.
A J5, asthénie, myalgies, à J7 urines foncées, cytolyse hépatique, pas de dosage des
CPK. Persistance dune asthénie importante, simple surveillance à domicile. Perte
de poids > 10 Kg et asthénie résiduelle pendant 1 an. Nouvelle consommation du
champignon, pendant 3 jours avec 10 autres convives. A J4 asthénie musculaire intense, A
J6 myalgies, sueurs, urines rouges. A J8 CPK 295 000 UI, myoglobinémie à 47 000 µg/l,
insuffisance rénale aiguë. Détresse respiratoire. Défaillance cardiaque irréversible
malgré les traitements symptomatiques.
A lautopsie : lyse musculaire non spécifique avec atteinte myocardique.
La recherche dOrellanine est négative (laboratoire de Grenoble). Parmi les
autres convives un cas de rhabdomyolyse avec CPK à 22 000 UI sans atteinte rénale, un
autre cas avec CPK à 15 000 UI et insuffisance rénale modérée.
Discussion : Dans cette intoxication collective, seuls les chapeaux des champignons
ont été consommés par les dix convives dont 3 ont présenté des signes
dintoxication. Il pourrait sagir dune confusion entre les tricholomes
équestres et certains cortinaires surtout sils sont jeunes
(cortinarius semi-sanguineus et cortinarius splendens).
CANNABIS : Un jeune embauché dans une entreprise offre, au cours dune soirée, de la mousse au chocolat à ses collègues qui présentent plus ou moins rapidement des hallucinations, des fourmillements des extrémités, une tachycardie, une mydriase et dans un cas une rétention urinaire. La durée des symptômes est de quelques heures. La recherche de toxiques révèle dans les urines la présence de cannabis : tétrahydrocannabinol à 50 µg/g de créatinine urinaire.
ARSENIC : Un homme de 45 ans est retrouvé
somnolent à son domicile avec des emballages de Lexomilâ et de Donormylâ . Admis à la
4ième heure il présente une diarrhée acqueuse afécale. La Kaliémie est à
3,1 mmol/l. A H5, fibrillation ventriculaire puis asystolie et décès.
La recherche initiale de toxiques retrouve dans le sang la présence de benzodiazépines,
une alcoolémie à 0,12 g/l. Lautopsie montre une nécrose gastrique, une lyse
pancréatique et la présence de sang dans la lumière intestinale. Une analyse
toxicologique plus poussée révèle la présence darsenic dans le sang à la
concentration de 6,13 mg/l. Lenquête à domicile retrouve une bouteille deau
contenant 271 mg/l darsenic. Il semble que le toxique provienne de
lentreprise où la victime travaillait.
CURARES : Un homme de 70 ans, ancien
infirmier anesthésiste, est retrouvé mort chez lui, pantalon et slip baissés. Près de
lui on retrouve des flacons de Rohypnolâ , Hypnovelâ , Norcuronâ , Pavulonâ . La
seringue utilisée est sans aiguille. Les recherches toxicologiques dans le sang
révèlent un taux de Midazolam à 164 ng/ml et surtout la présence de curares globaux à
1, 55 mg/l. Lautopsie ne montre aucune anomalie.
Discussion : Il sagit de toute évidence dune injection
intra-rectale ce qui montre quà fortes doses les curares sont bien absorbés à ce
niveau.
CIGUATERA : 5 marins consomment sur leur bateau un poisson de corail. A H1, nausées, vomissements, paresthésies de la face et des extrémités, bradycardie. Persistance de celle-ci ainsi que dune dysurie chez lun des intoxiqués. On évoque un syndrome ciguatérique à partir dun poisson de la mer des Andaman...(au sud du Golfe du Bengale pour les mauvais en géographie).
EFFETS METABOLIQUES DES INTOXICATIONS PAR LACIDE VALPROIQUE
APPROCHE THERAPEUTIQUE
R.Bedry - CAP Bordeaux
Lacide Valproique (Dépakineâ ) est un antiépileptique majeur utilisé dans le traitement de formes variées dépilepsies généralisées, focalisées simples ou complexes. Cest aussi un des métabolites de la dégradation du Valpromide (Dépamideâ ), normothymique utilisé en psychiatrie. Il agit en activant la neurotransmission GABAergique.
Une hépatotoxicité de la molécule en rapport avec une sensibilité individuelle provoque des effets secondaires mortels, très rares. On observe plus fréquemment des effets dose-dépendants : atteinte hépatique, troubles du métabolisme de la carnitine. Ces effets métaboliques ont été retrouvés lors dintoxications aiguës graves provoquant : hyperammoniémie, hypo-carnitinémie, acidose lactique.
RAPPEL BIOCHIMIQUE
Il est nécessaire pour comprendre le métabolisme normal et pathologique de lacide Valproïque. Sa configuration spatiale est proche de celle des acides gras avec lesquels il entre en compétition lors de son transport, de son métabolisme intra-mitochondrial et de son élimination.
1 - Métabolisme des acides gras
Dans la cellule hépatique ils doivent être activés en esters dacyl-CoA avant de se lier à un transporteur, la carnitine, pour accéder à leur site de métabolisme intramitochondrial. La bêta oxydation mitochondriale des acides gras libère de lacetyl-CoA, substrat essentiel du cycle de Krebs. Lorsque lacétyl-CoA est produit en excès, celui-ci est converti en acéto-acétate, béta-hydroxybutyrate et acétone. Sil existe une difficulté de transport à travers la membrane mitochondriale, le métabolisme des acides gras est dévié vers une oméga-oxydation à lintérieur des microsomes (dérivés dicarboxyliques). Le même processus se déroule avec lacide Valproïque.
2 - Cycle de lurée
Il est presque exclusivement hépatique. Lammoniaque libre provenant de la désamination oxydative du glutamate fournit le premier groupement aminé pour lentrée dans le cycle. Une des étapes de ce métabolisme peut être inhibée par lacide valproïque : le blocage de la carbamoyl phosphate synthétase entraîne une élévation de lammoniémie.
Le cycle de lurée interagit avec le cycle de Krebs car un excès dammoniaque va altérer la respiration cellulaire en agissant sur lalphacétoglutarate et en provoquant un épuisement des réserves de celui-ci qui est nécessaire au bon fonctionnement du cycle de Krebs (NH3 + alphacétoglutarate + NADH + H+ Þ Glutamate + NAD+ + H2O).
3 - La carnitine et son métabolisme
La carnitine (acide 3-hydroxy-4-triméthyl-amino-butyrique), amine quaternaire constituant naturel des tissus animaux, joue un rôle fondamental dans le métabolisme lipidique. Une grande partie provient de lalimentation carnée et lactée. Il existe aussi une synthèse endogène à partir de la lysine et la méthionine. La dernière étape de cette synthèse est catalysée par une gamma butyrobétaïne hydroxylase, enzyme déficiente chez le jeune enfant. Il existe un stockage tissulaire : 2,5 à 4 mmol/g alors que la concentration plasmatique nest que de 45 à 85 mmol/l. Lélimination est urinaire, sous forme desters (acyl-carnitine), permettant lélimination dacides organiques et de xénobiotiques.
La carnitine a un rôle essentiel dans le transport des acides gras à chaîne longue à travers la membrane mitochondriale qui aboutit à lacétyl-CoA ; elle a aussi un rôle régulateur dans le maintien du rapport acyl-CoA/CoA libre intramitochondrial et CoA libre/AcétylCoA et enfin un rôle détoxiquant : élimination de la mitochondrie de fragments acylés issus de la bêta oxydation (acyl-carnitine). Elle permet donc lélimination des métabolites issus de réactions incomplètes et potentiellement toxiques. Lacide valproïque est ainsi éliminé sous forme de Valproyl-carnitine.
Le déficit en carnitine : il entraîne une inhibition du transport des acyls et une accumulation dacyl-CoA dans la mitochondrie doù blocage du métabolisme mitochondrial.
Les déficits primaires sont liés à un défaut génétique du transport de la carnitine à travers les membranes cellulaires. Les déficits secondaires provoquent une déplétion des stocks tissulaires et sériques de carnitine. Ils sont soit dorigine génétique : déficits en acyl-CoA déshydrogénase, anomalie du cycle de lurée (déficit en ornithine carbamyl transférase) ; soit acquis dont les causes sont pluri-factorielles : insuffisance dapport (nutrition parentérale prolongée), déperditions (hémodialyse chronique), médicaments (acide valproïque, pivam-picilline). Certains déficit enzymatiques partiels sont révélés lors dun traitement par lacide valproïque.
Les manifestations cliniques de ces déficits en carnitine sexpriment par une atteinte musculaire (muscles striés, cardio-myopathies), neurologique (oedème cérébral, coma) et une atteinte hépatique (hypoglycémie, hyperammoniémie, acidose métabolique, syndrome de Reye).
La supplémentation en carnitine : le Levocarnilâ est présenté sous forme buvable ou injectable ; per-os la demi-vie moyenne de distribution est de 3 heures , délimination de 17 heures. Par voie intraveineuse, la demi-vie moyenne de distribution est inférieure à 1 heure, et délimination denviron 24 heures.
La posologie recommandée est de 25 à 75 mg/kilo/jour par voie IV et de 50 à 100 mg/kilo/jour par voie orale. Il ny a pratiquement pas deffets indésirables et aucune contre indication à ladministration du médicament.
LACIDE VALPROIQUE
1 - Absorption, distribution et métabolisme
Labsorption digestive est quasi complète. Il
existe une forte liaison protéique
(80 à 94 %).
Le métabolisme est essentiellement hépatique et on se souvient de lanalogie structurale de lAcide Valproïque avec les acides gras : la bêta oxydation intramitochondriale nécessite la présence de carnitine pour le transport transmembranaire de lacide valproïque sous forme de Valproyl-carnitine. Lorsque, par défaut de carnitine, le transport de lacide valproïque nest plus assuré dans la mitochondrie, il subit une oméga-oxydation microsomale aboutissant à des dérivés hépato-toxiques.
2 - Les effets toxiques de lacide Valproïque
Interférence avec le métabolisme des acides gras
Linhibition de la bêta oxydation de ceux-ci entraîne une diminution de la cétogénèse, une acidurie organique dicarboxylique, une diminution de la carnitine circulante, une diminution du CoA et de lacetyl-CoA et une hyperglycémie.
Certains métabolites de lacide Valproïque seraient directement hépatotoxiques : le Valproyl-CoA qui saccumule dans les hépatocytes et lacide 2-n-propyl-4-pentenoïque (produit de loméga-oxydation) qui est un analogue structural de lacide 4-pentenoïque. Un traitement associé par phénytoïne et carbamazépine favorise la production de ce métabolite.
Lhyperammoniémie est fréquente et résulte de deux mécanismes :
- Inhibition au niveau du cycle de lurée de la carbamyl phosphate synthétase dans le cycle de lurée. Cette action est dose-dépendante et linhibition du cycle de lurée est responsable dune altération du métabolisme des acides aminés avec hyperaminoacidémie.
- Au niveau rénal : modification de la perméabilité mitochondriale avec augmentation du transport de la glutamine et stimulation de la glutaminase rénale dou élévation de la production dammoniaque par le rein (Glutamine + H20 Þ Glutamate + NH3)
Lacidose lactique
Une acidose métabolique avec trou anionique élevé et hyperlactatémie paraît assez fréquente lors des intoxications aiguës par lacide Valproïque. Bien que le mécanisme en soit mal connu, certains auteurs relient ce symptôme a une action propre du toxique. Et lon sait que la production de lactate est étroitement liée au métabolisme du glutamate et de lammonium dans le rein.
Lhypocarnitinémie
Lacide Valproïque se combine avec la carnitine pour former un Valproyl-carnitine-ester transporté hors de la mitochondrie et excrété dans les urines, ce qui entraîne une déplétion progressive en carnitine lors des traitements au long cours qui par ailleurs augmentent la clairance rénale de lacyl-carnitine et diminuent la réabsorption rénale de la carnitine.
Enfin, lacide Valproïque inhibe la biosynthèse de la carnitine en diminuant le taux dalpha-cétobutarate, cofacteur de la butyrobétaïne hydroxylase.
3 - Acide Valproïque et supplémentation en carnitine
Dans les traitements au long cours la L-carnitine permet de corriger le déficit en carnitine ainsi que les signes cliniques fonctionnels induits par le traitement.
Dans les intoxications aiguës par lacide valproïque
La plupart des intoxications aiguës ont une évolution favorable malgré lingestion de doses parfois massives. Les signes cliniques sont essentiellement neurologiques avec troubles de la conscience, coma parfois très profond.
Des altérations hémodynamiques avec bradycardie et collapsus cardio-vasculaire ont également été décrits. Sur le plan biologique, les anomalies métaboliques les plus fréquentes sont lhyperammoniémie et lhyperlactatémie.
Il existe dans la littérature quelques observations
dintoxication fatale, le décès survenant dans un contexte doedème
cérébral avec hyperammoniémie voisin du syndrome de Reye. Jusqu'à présent les auteurs
suggéraient que ces intoxications graves étaient révélatrices denzymopathies non
décelées et découvertes lors du tableau aigu. Ces données ont abouti à des
propositions de supplémentation par la
L-carnitine lors des intoxications aiguës.
Des travaux préliminaires ont été réalisés au CHU de Bordeaux. Outre le traitement symptomatique habituel (réanimation respiratoire, correction des désordres hémodynamiques et métaboliques, évacuation digestive par lavage et administration dadsorbants digestifs), certains intoxiqués ont bénéficié dun apport par la L-carnitine à la dose de 50 mg/Kg/jour par voie intraveineuse jusqu'à normalisation de lammoniémie.
En raison du faible nombre de patients traités il est extrêmement difficile danalyser ces résultats et si lon constate bien une diminution de lammoniémie et de la lactatémie plus rapide que dans le groupe témoin, leffet sur lévolution clinique est impossible à évaluer. La seule conclusion que lon peut en tirer est que le traitement par la L-carnitine au cours dune intoxication par lacide Valproïque semble être très satisfaisant intellectuellement, probablement efficace et sans danger mais nécessite la mise en place dun protocole détude multicentrique qui permettra au vu dun nombre suffisamment important de cas traités den évaluer lintérêt réel.

BIBLIOGRAPHIE DU DOSSIER