ANTIDOTES : l'enquête nationale 1995-1996
sur le prêt d'antidotes en urgence par 10 CAP en France révèle 37 dossiers en 1995 et
32 en 1996.
Médicaments concernés:
Le transport vers le demandeur était assuré
essentiellement par ambulance (48 cas) coursier (9 cas) hélicoptère (4 cas) SAMU
(3 cas), Police (2 cas), Avion (2 cas), transport privé (1 cas). Les demandeurs étaient
les hôpitaux généraux essentiellement, et les services concernés étaient les services
de réanimation, cardiologie, médecine d'urgence et pédiatrie.
Discussion : cette distribution d'antidotes rares est un moyen économique
d'assurer les soins en tous lieux, en particulier pour des hôpitaux a recrutement
modéré ou la gestion d'un stock d'antidotes serait inutilement coûteux.
SCILLIROSIDE :Un homme de 26 ans ingère 8 blocs de Fertiligène RAT et SOURIS soit 2,4 g de scilliroside. Il est admis 3 H plus tard avec une bradycardie à 30/min réagissant bien à l'atropine. Les symptômes durent 5 jours. La digoxinémie est à 0,61 nmol/l et la digitoxinémie 16,2 nmol/l.
TABAC : 2 adolescents de 14 ans
travaillent depuis 8 jours à la récolte du tabac. Ils sont hospitalisés tous deux dans
un tableau dobnubilation avec céphalées, vomissements, tachycardie à 120
cycles/min. Lévolution est spontanément favorable en quelques heures. Le
diagnostic évoqué, à savoir celui dune intoxication par la nicotine, a
été confirmé par les dosages biologiques : taux sanguin de nicotine : 74
µg/l et 23 µg/l respectivement. Taux urinaire de nicotine pour un de ces deux
patients : 744 µg/l.
Discussion : il sagit dune intoxication, principalement par voie
cutanée, favorisée par une sudation importante et une vasodilatation occasionnées par
la forte chaleur qui régnait ce jour-là.
ENGRAIS : un homme de 76 ans ingère
accidentellement 2 gorgées dengrais géranium non dilué, transvasé dans une
bouteille à usage alimentaire. 1 heure plus tard, malaise avec vomissements et diarrhée.
A ladmission, 1h30 après ingestion, lionogramme sanguin trouve une
kaliémie à 7,5 meq/l. LECG montre un rythme sinusal régulier avec un sous
décalage de ST en antéro-septo-apical. Après alcalinisation et administration de 40 mg
de Lasilix, retour à la normale de la kaliémie en 6 h.
Discussion : les intoxications par engrais dilué sont fréquentes et
généralement bénignes. Lingestion dengrais concentré est une intoxication
grave en raison de la présence doxyde de potassium (8,2 % dans le cas présent).
"OZONE"
FLESCH F. - JAEGER A.
Centre Anti-Poisons de Strasbourg - Hôpitaux
Universitaires - B.P 426
67091 Strasbourg Cedex - Tel : 03 88 37 37 37 - Fax : 03 88 11 63 77
Lozone (O3) est un constituant normal de lair. Cest en 1783 que VAN-MARUM remarque que loxygène, soumis à laction dune étincelle électrique, acquiert des propriétés nouvelles.
En 1839 SCHÖNBEIN découvre lozone et cest en 1865 que sa présence dans latmosphère est démontrée.
HARTLEY montre en 1871 que lozone est abondant dans la haute atmosphère et HAAGEN-SMITH démontre, en 1950, linfluence du rayonnement solaire sur un mélange doxyde dazote et de composés organiques volatiles.
Lozone est un oxydant remarquable et cette propriété lui a valu des applications variées dans les domaines : chimique, industriel et thérapeutique (purification de leau, assainissement des atmosphères confinées par des générateurs dozone vendus à des millions dexemplaires, conservation des denrées alimentaires, blanchiment des fibres textiles).
En 1962 PATTY déjà signale que lexposition prolongée à des concentrations aussi faibles que 0,05 ppm (100 µg/m3) est à déconseiller en raison de son action sur les voies respiratoires.
Caractéristiques physico-chimiques
Il sagit dun gaz très instable à température ordinaire, de couleur bleutée et dodeur âcre. Il est peu soluble dans leau.
Sa masse molaire est de 48 et sa densité de vapeur de 1,658.
Sources
Il sagit dun gaz à deux visages : protecteur à haute altitude et polluant à basse altitude.
Effet sur la santé : analyse bibliographique
Etudes expérimentales in vitro
Les altérations biologiques induites par lozone semblent principalement liées à ses propriétés oxydantes (peroxydation des lipides membranaires, altération de la perméabilité membranaire, oxydation de groupements fonctionnels, induction dune réaction inflammatoire).
Expérimentation animale
Etudes expérimentales humaines contrôlées
Les effets de lozone sur la fonction respiratoire sont évalués expérimentalement par lexposition de sujets à différentes concentrations dozone durant des périodes courtes avec alternance de périodes de repos et dexercice.
Etudes épidémiologiques
Effets de lozone sur la végétation
Les effets chroniques se traduisent par lapparition de minuscules tâches nécrotiques sur la face supérieure des feuilles. Il existe une grande variabilité de sensibilité en fonction des espèces. Néanmoins, quelle que soit lespèce considérée, les pollutions chroniques précipitent les phénomènes de vieillissement, réduisent la durée du cycle végétatif et lactivité de photosynthèse. Il existe en outre des effets de synergisme entre lozone et le SO2, confirmés par plusieurs investigations effectuées par diverses espèces végétales.
Dosage de lozone
Il est réalisé à laide danalyseurs par absorption UV fonctionnant de manière séquentielle. Il existe en France 35 réseaux de mesure pour la surveillance de la qualité de lair et chaque organisme de surveillance gère plusieurs stations de mesures. Ces stations sont équipées dun ou plusieurs analyseurs mesurant chacun en continu et de manière automatique, un polluant spécifique. Actuellement, on compte, en France, 148 analyseurs dozone.
Aspects législatifs et réglementaires
Laugmentation de 0,5 à 1 % par an de la concentration dozone de fond, et le développement de plus en plus marqué des pointes de pollution autour des grandes agglomérations ont conduit la commission européenne à adopter le 21 septembre 1992 une directive concernant la pollution par lozone. Compte tenu de la complexité des réactions chimiques conduisant à la formation dozone dune part, et de labsence actuelle de maîtrise des pointes de pollution dautre part, ce texte a défini 3 objectifs :
- seuil de protection pour la santé (110 µg/m3 (sur 8 heures),
- seuil dinformation de la population 180 µg/m3 (valeur moyenne sur 1 heure)
- seuil dalerte de la population : 360 µg/m3 (valeur moyenne sur 1 heure)
En France le décret n° 96-335 du 18 avril 1996 transcrit la directive du 21 septembre 1992 et prévoit une information des populations organisée par le préfet lors des épisodes de pollution atmosphérique par lozone.
Conclusion
Bien quil nexiste actuellement aucune preuve permettant daffirmer que la pollution par lozone soit directement responsable dune augmentation de la morbidité des affections respiratoires, il mérite dêtre pris en compte dans lévaluation des effets de la pollution atmosphérique sur la santé.
Lozone constitue par ailleurs un indicateur précieux témoignant de la présence de nombreux autres polluants, dont la plupart ne sont pas mesurés. Il est actuellement impossible de faire la part respective des effets de ces différents polluants sur la santé, dautant plus quil existe indéniablement des effets combinés additifs et synergiques.
Aussi, ne faut il pas uniquement sintéresser au sujet au moment des pics du mois daoût mais sen préoccuper dans le cadre dun problème de fond de santé publique.
Encore une nouvelle espèce de champignon toxique
Plusieurs équipes nord américaines viennent de rapporter des intoxications par une nouvelle espèce de champignon toxique : Amanita smithania. Cette amanite est généralement confondue avec un tricholome comestible (Tricholoma magnivelare). Elle est responsable de troubles digestifs qui débutent 11 heures après la prise et persistent plusieurs jours. Secondairement, elle produit une nécrose tubulaire responsable d'une insuffisance rénale aiguë anurique nécessitant des séances répétées d'hémodialyse mais guérissant sans séquelle. Deux toxines ont été identifiées : la chlorocrotylglycine et l'acide aminohexadiénoïque. La dernière reproduit les effets néphrotoxiques du champignon in vitro et in vivo chez le cobaye.
Tullod et Lindgren, Mycotaxon 1992, 45, 373-387 ; Warden et Benjamin, J. Toxicol. Clin. Toxicol. 1996, 34, 602 ; Leathem et al, J. Toxicol. Clin. Toxicol. 1997, 35, 67-75
Mercure et environnement : impact des activités d'orpaillage
L'augmentation des activités d'orpaillage dans la région amazonienne depuis 20 ans entraîne des rejets importants de mercure dans l'environnement. Des dosages du métal ont été effectués sur les cheveux de 500 sujets guyanais. Le niveau moyen d'imprégnation mesuré est de 2,5 µg/g chez les adultes, 1,7 µg/g chez les enfants ; c'est un niveau comparable à celui observé dans les pays dont l'alimentation comporte une consommation régulière de poissons ; 4,1% des adultes et 3,5% des enfants dépassent la valeur limite de 10 µg/g, recommandée par l'OMS. La concentration de mercure dans les cheveux est linéairement corrélée au nombre de repas de poissons hebdomadaires.
BEH 1997, 14, 59-61
Indicateurs biologiques d'exposition au toluène : acide hippurique dans les urines, toluène dans le sang et orthocrésol dans les urines
Le principal métabolite urinaire du toluène est l'acide hippurique. Cependant, en dehors des situations d'intoxications aiguës, ce n'est pas un marqueur assez spécifique pour être utile à la surveillance des individus exposés au toluène. La concentration sanguine de toluène lui est préférable, les valeurs limites proposées par les hygiénistes allemands et américains sont respectivement de 1000 µg/l en fin de poste de travail et de 90 µg/l avant le dernier poste de la semaine ; elles correspondent à une exposition à 50 ppm 8 h/j et 5 j/semaine. Une équipe allemande vient de montrer que la concentration urinaire d'orthocrésol mesurée sur des urines prélevées en fin de poste était également un indicateur sensible et spécifique : la valeur limite correspondant à la VME de 50 ppm de toluène est de 3 mg/l
Angerer et Krämer, Int. Arch. Occup. Environ. Health 1997, 69, 91-96