Éditorial
Dossier : piqûre d'hyménoptères - Envenimation
par les vipères et immunothérapie
morsures de
serpents exotiques - Immunothérapie
antivenimeuse vipérines
Choc thermique dans l'envenimation par vives et rascasses
Notes de lecture
Le mot de la rédaction sur le dossier : Envenimations et piqûres
Thème de la réunion scientifique du 22 Mai 2000, Hôpital Fernand Widal (Paris).
Un beau jour au fond d'un
vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron.
Que croyez-vous qu'il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva
Voltaire avait une façon
bien à lui, à la fois spirituelle et caustique, de traiter du problème de
l'envenimation par morsure. Laissons-là les épigrammes empoisonnées et
penchons-nous sur la question médicale qui fait l'objet du dossier central de
ce numéro, à travers des textes qui en abordent plusieurs aspects.
Dans l'histoire de la médecine, le premier cas décrit est celui du pharaon
Ménès, qui, en 2641 avant notre ère, mourut des suites d'une piqûre de
guêpe ou de frelon. La reine Cléopâtre VII reste, du moins pour la légende,
la plus illustre victime - volontaire - d'une envenimation vipérine. Un
manquement à la prudence la plus élémentaire est souvent à l'origine d'un
accident et, à travers le monde, multiples sont les espèces dont la piqûre ou
la morsure peut présenter pour l'homme ou l'animal un risque parfois mortel.
Quant à notre pays, il n'abrite que quelques espèces "dangereuses" :
parmi les ophidiens, la vipère berus, que l'on trouve dans les régions du Sud
; la veuve noire, chez les arachnides, hante le plus volontiers le maquis corse.
L'incidence des morsures, avec ou sans envenimation, reste faible. Notons
qu'abeilles, guêpes et frelons sont de loin responsables de la plus grande
morbidité liée aux animaux européens.
Les envenimations nous mettent face à la diversité de la nature mais aussi à
celle de ses dangers... et à la nécessité, stimulante, de trouver des moyens
d'y répondre. Mis au point voici quelques années, un test fiable permet de
quantifier la venémie et donc d'évaluer la gravité de l'état des patients,
et d'entreprendre avec succès un traitement adéquat. Dans les cas sévères,
l'immunothérapie est reconnue comme étant la thérapeutique appropriée.
La situation, en France, est donc parfaitement connue et maîtrisée. Point
n'est besoin cependant de se rendre dans les zones tropicales pour rencontrer
des méfaits dus à des espèces exotiques. Que dire de l'inconscience de
certains particuliers qui élèvent chez eux des serpents venimeux importés
d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine, cédant à un phénomène de mode, né
outre-Atlantique, et dont on peut mettre en doute le bon goût et le bien-fondé
?
Chose préoccupante, ce phénomène fait apparaître des problèmes sanitaires
inconnus il y a encore quelques années. La prise en charge de ces envenimations
se révèle souvent un casse-tête pour les équipes soignantes : absence de
formation spécifique, méconnaissance des venins dans le cas d'hybridations,
antivenins non disponibles sur le marché français, coûts élevés des
traitements constituent vite des obstacles à des soins rapides et efficaces. En
France, aucun organisme ne permet de répondre de façon globale au problème
posé. La meilleure solution consisterait à multiplier les mises en garde,
voire interdire l'importation et l'élevage "sauvage", incontrôlé,
de certains "venimeux" et à lancer un appel au bon sens, choix
éminemment politique. Serait-il entendu sans mesures coercitives à l'appui ?
Manque peut-être, à l'image de Voltaire, un esprit railleur pour y exhorter
les Français.
La rédaction
Éditorial
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Notes de lecture
ENVENIMATIONS ET PIQÛRES
PIQÛRES D’HYMENOPTERES
Dr R. DUCLUZEAU
Urgences Hôp E. Herriot - Lyon
Les piqûres d’hyménoptères redeviennent d’actualité
tous les étés. Leur gravité est très variable, la plupart des réactions
locales ne nécessitant aucun recours médical. En revanche, des réactions
générales par accidents allergiques ou par piqûres multiples peuvent être
gravissimes. Ces situations sont rares mais doivent être bien connues. La
mortalité est estimée à une dizaine de décès par en France.
Au Centre Antipoison de Lyon, il a été répertorié, en
sept ans, plus de 150 000 appels dont 460 étaient liés à une piqûre d’hyménoptère.
Au cours des dernières années, l’attention a été
attirée sur les risques des piqûres massives par les abeilles africaines et
africanisées au Brésil et au Sud des Etats-Unis.
LES HYMENOPTERES
L’ordre des hyménoptères comporte cinq familles :
apidés, vespidés, formicidés, sphégidés et mutillidés.
Seules les deux premières familles nous intéresseront.
LES VENINS
Les venins diffèrent en fonction des familles. Celui des abeilles africaines ou africanisées est comparable à celui des autres espèces. Ce sont surtout les protéines enzymatiques et les peptides qui sont allergisants. Lors d’une piqûre, 50 à 100 mcg de venin sont injectés. Les réactions allergiques au venin d’hyménoptères
A la première piqûre, le venin induit la production d’immunoglobulines IgE spécifiques fixées sur les mastocytes. A la deuxième piqûre les antigènes se couplent aux IgE fixées et déclenchent une dégranulation mastocytaire, entraînant la libération de substances vasoactives dont notamment l’histamine, à l’origine de la vasodilatation cutanée, accompagnée de prurit et d’œdème local, de la bronchoconstriction par les récepteurs H1 et H2, une hypersécrétion gastrique, une tachycardie...
La réaction anaphylactique peut être induite par l’activation du système de complément par voie alterne, action histaminolibératrice du venin sur les basophiles et les mastocytes. Des réactions anaphylactoïdes peuvent aussi survenir dès le premier contact.
CIRCONSTANCES DE L’ENVENIMATION
guêpes : dizaines, centaines
abeilles : centaines, milliers de piqûres
TABLEAU CLINIQUE
Si ces réactions anaphylactiques graves apparais-sent habituellement très rapidement (après 10 minutes), elles peuvent cependant être tardives.
Elles sont liées à la toxicité directe du venin, très importante lors de piqûres massives.
Les piqûres multiples du visage donnent un faciès lunaire, les piqûres des membres et du tronc entraînent des oedèmes importants.
Les signes généraux sont :
Divers rapports d’envenimation massive montrent que la gravité est liée au nombre de piqûres. La description de ces envenimations met particulièrement en cause les abeilles africaines ou africanisées : revues générales (Vetter RS) ou cas cliniques : survie après plus de 2000 piqûres (Diaz Sanchez CL), atteinte rénale (Bourgain C). La symptomatologie peut être retardée.
On peut parfois observer une réaction allergique associée : les symptômes initiaux sont alors identiques. L’allergie à des piqûres multiples produit un tableau similaire avec troubles digestifs, choc, oedèmes.
On note plus rarement des réactions exagérée lors d’hémopathies lymphoïdes chroniques : plaques cutanées indurées de grande taille (10 cm) sur les membres, durant deux semaines.
On été également rapportées :
Certaines manifestations correspondent à une réaction allergique retardée :
TRAITEMENT
Urticaire, oedème généralisé :
antihistaminiques H1 IV ou oraux, adrénaline sous-cutanée, (0,10 à 0,25 mg) si l’urticaire est très étendue.Oedème de Quincke :
oxygène, aérosol d’adrénaline, corticoïdes en inhalation et IV, antihistaminiques H1 permettant d’éviter les récidives.Oedème laryngé :
adrénaline en inhalations, sublinguale, sous-cutanée, corticoïdes aérosols, O2.Bronchospasme :
adrénaline en inhalation et injectable, broncho-dilatateurs beta-2-mimétiques (salbutamol) en inhalation et en perfusion si nécessaire, O2, corticoïdes.Choc anaphylactique :
- adrénaline : chez l'adulte IV 0,1mg à répéter selon nécessité , à défaut sous cutanée 0,25mg à répéter 10 à 15 minutes plus tard selon nécessité
- remplissage vasculaire
- oxygène, intubation, ventilations si nécessaire (l’adrénaline peut alors être administrée par la sonde d’intubation en cas de difficulté par voie veineuse : 0,1 - 0,2 mg dilués dans 10 ml)
- antihistaminiques H1 et H2, IV
- corticoïdes, à répéter
- noter qu’en cas de traitement par bêtabloquants, IEC, il est nécessaire d’augmenter des doses d’adrénaline et éventuellement ajouter du glucagon 1 à 5 mg IV.
La surveillance après régression des troubles doit être d’au moins 24 heures en raison du risque de récurrence.
Les mesures sont :
Le futur : des fragments Fab ? Leur efficacité a été démontrée expérimentalement.
TRAITEMENT PREVENTIF
MESURES GÉNÉRALES
Ces mesures ne sont pas toujours très réalistes...
TRAITEMENT DESENSIBILISANT
Il s’adresse aux sujets à risque, c’est-à-dire ayant
déjà présenté une réaction sévère, et ayant des tests cutanés ou RAST
positifs.
La désensibilisation est réalisée soit au venin d’abeille,
soit au venin de guêpe (actif sur vespula et polispe). Des tests positifs aux
deux venins donneront lieu à une double désensibilisation.
La durée de la désensibilisation initiale est maintenant
courte. Le traitement d’entretien est de trois à cinq ans. L’efficacité en
est prouvée. Une question se pose néanmoins et reste sans réponse nette : l’immunothérapie
préventive est-elle suffisante pour éviter une réaction allergique à des
piqûres multiples ?
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Notes de lecture
ENVENIMATIONS PAR VIPERES EN FRANCE ET IMMUNOTHERAPIE
Données historiques
Dès 1887, Henri Sewall
démontre que l’injection de doses croissantes de venin de serpent à sonnette
à des pigeons leur permet d’être résistants à des doses dix fois létales.
En 1907, Calmette cite l’utilisation des crocs de serpents à sonnette par les
Indiens d’Amazonie se prémunir contre la morsure de ce reptile. En 1889,
Kauffman immunise des pigeons avec de doses croissantes de Vipera berus et
Calmette, en 1892, publie ses premiers résultats avec les venins de cobra et
obtient les premiers sérums antivenimeux.
Dans les années 1960 et 1980,
les publications sur la détection des venins aboutissent au développement du
test ELISA et, en 1984, le diagnostic de décès par envenimation par Crotalus
scutulatus est établi grâce à ce test et redresse un diagnostic clinique
initial de choc anaphylactique.
Le rapport bénéfice/risque de
la sérothérapie dans les envenimations par vipères européennes a longtemps
été débattu, et l’évaluation de l’apport thérapeutique et des risques n’a
débuté que dans les années 1980.
En 1987, une série suisse de
115 morsures par vipères, dont 57 traitées par un sérum antivenimeux révèle
que le traitement par sérum prolonge l’hospitalisation chez les non
envenimés, ne modifie pas celle des envenimations mineures ou modérées et
réduit l’hospitalisation des envenimations sévères (Stahel E.R., Toxicon
1985, 23 : 626). Des cas isolés d’envenimations sévères par Vipera berus
traités par sérothérapie sont rapportés sans que les auteurs ne définissent
de critères d’efficacité (Cederholm I., Acta Paediatr Scan, 1987, 76 :
682-684). En 1991, une méta-analyse portant sur 200 cas publiés ne permet pas
de conclure à un effet thérapeutique de la sérothérapie (Descottes J,
Meeting of EAPCCT, Lyon, 21-24 mai). En 1992, une définition des critères
précoces de gravité des envenimations par les vipères en France est publiée
: elle révèle la corrélation entre les signes généraux et le degré d’extension
de l’œdème et la relation entre la concentration sanguine de venin et la
gravité (Audebert F., Toxicon, 1992, 30 : 599-609). La même équipe démontre
en 1994 que la gravité clinique est corrélée à la durée d’hospitalisation,
qu’une venémie supérieure ou égale à 20 µg/l déterminée par ELISA
caractérise les grades II ou III et que la venémie, détectable dès la
trentième minute après la morsure, décroît de façon exponentielle avec une
demi-vie apparente de 8 à 12 heures (Hum et Experim Toxicol, 1994, 13 :
683-688). Cest en 1994 qu’une première série rétrospective d’envenimation
par Vipera berus en Suède traitées par le sérum Zagreb conclut que la
sérothérapie réduit l’extension de l’œdème et l’importance de l’anémie,
et diminue la durée d’hospitalisation mais que ce traitement est compliqué d’urticaire
ou de maladie sérique dans 10 % des cas (Karlsson-Stiber C., J Intern Med,
1994, 235 : 57:61). Trois ans plus tard, les mêmes auteurs démontrent,
comparativement à une série historique, que des fragments Fab ovins
spécifiques corrigent rapidement les signes généraux sévères des
envenimations par Vipera berus, réduit l’extension de l’œdème et
la durée d’hospitalisation sans réaction anaphylactique ou maladie sérique.
Données actuelles en France
Une première étude
multicentrique portant sur les F(ab’)2 équins purifiés sans groupe contrôle avait démontré l’innocuité
de Viperfav® pour une série de 46 patients traités (de Haro et
coll, Ann Fra Anesth réan 1998, 17 : 681:687).
Une étude rétrospective de
160 envenimations vipérines recensées par deux centres antipoison en France a
montré que la gravité des envenimations était établie par les critères
cliniques d’extension de l’œdème et des signes généraux, et que des
critères biologiques (thrombopénie, diminution du taux de prothrombine [ou INR
> 1,5] ou du fibrinogène) étaient des éléments supplémentaires de
jugement. de plus, sur 119 envenimations de grade II ou III, l’immunothérapie
par F(ab’)2 Viperfav® a réduit de façon significative
la durée d’hospitalisation en réanimation, la durée d’hospitalisation
totale, la fréquence des complications et leur gravité ainsi que les
séquelles à trois mois (La Presse Médicale, 1999, 28 : 1929-1934).
La situation en 2000
L’AMM a été obtenue en 1999 pour Viperfav®. Tous les hôpitaux peuvent en disposer.
Les problèmes actuels observés sont :
L’avenir
L’accessibilité du test ELISA pour quantifier la venémie devrait permettre :
PROBLÈMES POSES PAR LES MORSURES DE SERPENTS
EXOTIQUES
EN FRANCE MÉTROPOLITAIN
Points essentiels :
Introduction
Les "nouveaux animaux
domestiques" sont devenus en France une mode directement importée des
États-Unis, où l’on peut parler d’un véritable phénomène de société.
Ces animaux - reptiles, amphibiens, oiseaux exotiques - sont maintenant
proposés dans les animaleries à côté de compagnons "classiques",
chats, chiens et hamsters, et la fascination qu’ils exercent sur la population
explique le développement de ce marché très particulier. Si certaines
espèces d’araignées, de poissons et de scorpions peuvent posséder des
venins toxiques pour les humains, nous devons considérer que les animaux les
plus dangereux que peuvent posséder des particuliers sont sans conteste les
serpents. Le risque zéro n’existant pas, tout propriétaire de serpent
venimeux s’expose un jour ou l’autre à une morsure avec envenimation
pouvant mettre en jeu le pronostique vital. Afin de mieux comprendre toutes les
conséquences possibles découlant de la possession de serpents venimeux, nous
présentons brièvement les observations d’envenimation ophidiennes
collectées par le CAP de Marseille au cours de l’année 1999. Ceci nous
amène à développer plusieurs notions devant être connue.
Les serpents exotiques élevés en France
métropolitaine
Les serpents exotiques
importés dans notre pays pour devenir des animaux de compagnie sont souvent des
reptiles assez primitifs dépourvus d’appareil venimeux, tels que les
constricteurs de la famille des boas ou des pythons. La morsure de certains
spécimens de grande taille peut entraîner de graves lésions. Les plaies sont
profondes et chaque dent réalise une dilacération cutanée qui s’infecte
facilement. Ces morsures doivent être traitées comme celles de grands chiens,
avec notamment la prescription d’une antibiothérapie systématique. L’éventualité
de constriction avec étouffement d’humains n’est pas non plus à exclure.
Les couleuvres sont moins
inquiétantes car leur taille réduite ne leur permet pas d’infliger des
blessures sérieuses. Les principales espèces de couleuvres disponibles sur le
marché ne présentent aucun danger pour leur propriétaire. Cependant, il
existe des variétés dont il faut se méfier. Certaines possèdent en effet de
petits crochets postérieurs (opistoglyphes), et donc situés au fond de
la gueule de l’animal. Notre couleuvre autochtone dite "de
Montpellier" (Malpolon monspessulanus) possède un appareil venimeux
opistoglyphe et un redoutable venin neurotoxique. Bien que cette espèce soit
commune, aucun cas d’envenimation n’a été décrit en France, mais il
existe des observations en Espagne. D’autres espèces de couleuvres, les plus
nombreuses, ne possèdent pas d’appareil pour injecter le venin (aglyphes),
ce qui ne signifie pas que leur salive n’est pas dangereuse. Plusieurs cas de
morsure de serpents aglyphes ont entraîné de véritables envenimations plus ou
moins sévères. Nous devons retenir que, dans la nature, de nombreuses espèces
de couleuvres n’ont jamais été à l’origine d’envenimation, mais les
contacts nombreux et prolongés lors de l’élevage à domicile peuvent
révéler une toxicité jusque là ignorée. Cela a été le cas avec l’espèce
japonaise Rhabdophis subminatus.
La méconnaissance de la
toxicité d’un venin implique l’absence de thérapeutique spécifique.
Hormis l’antivenin sud-africain contre le boomslang Dispholidus typus
et l’antivenin japonais contre Rabdophis tigrinus, il n’existe pas de
sérothérapie pour neutraliser le venin de couleuvre. En cas d’envenimation,
seuls des traitements symptomatiques sont disponibles.
De nombreux éleveurs
maintiennent chez eux des espèces redoutables d’élapidés ou de vipéridés.
Comme nous pouvons le constater, les fers de lance asiatiques du genre Trimesurus
sont impliqués plusieurs fois dans des cas d’envenimations sévères. Ces
petits crotales arboricoles sont en effet recherchés pour leur couleurs vives
et leur comportement plutôt actif, et sont à tort considérés comme des
reptiles peu dangereux que l’on peut conseiller à un éleveur débutant de
venimeux ! Pourtant ces serpents sont à l’origine, d’une part, de
symptômes loco-régionaux importants et nécessitant parfois une intervention
chirurgicale et, d’autre part, de troubles de la coagulation qui doivent être
traités par un antivenin spécifique. Bien peu d’éleveur détiennent
celui-ci...
D’autres espèces aussi
dangereuses sont vendues comme animaux de compagnie. Il existe en France des
élevages amateurs de vipères africaines (genre Bitis, Echis et Cerastes),
de crotales américains (Crotalus atrox est très prisé...), d’élapidés
asiatiques et africains (genre Naja et Bungarus). Tous ces
serpents peuvent être responsables d’envenimations pouvant mettre rapidement
en jeu le pronostic vital à cause de troubles de la coagulation majeurs ou par
dépression respiratoire (neurotoxicité des cobras et de Crotalus durissus).
Une autre observation nous a permis de réaliser à quel point certains éleveurs sont inconscients des risques encourus. Il s’agissait d’une projection oculaire est par un serpent hybride entre 2 espèces de cobra. L’hybridation entre les espèces est un jeu auquel s’adonnent de nombreux appentis sorciers sans bien comprendre que les spécimens issus de croisements possèdent une toxicité inconnue ! Face à ces envenimations, nous ne pouvons préconiser que des traitements symptomatiques prescrits en fonction du tableau clinique observé.
Les éleveurs de serpents
exotiques
Il existe en France un marché
du venimeux, et plusieurs commerçants subissent la pression d’une clientèle
fascinée par ces reptiles. Les vendeurs ne sont pas formés pour être au
contact de tels pensionnaires. Exposés et inexpérimentés, ils constituent une
population à risque. Le personnel de vivariums professionnels ouverts au public
est tout aussi exposé, quoique bien mieux informé. Pour attirer le public et
être rentable, une exposition de reptiles vivants se doit de présenter des
espèces spectaculaires. Il faut noter que la loi française oblige les
élevages professionnels à posséder les antivenins des espèces venimeuses
présentes, ce qui n’est pas le cas pour les élevages amateurs. Il existe de
plus une incroyable différence entre la facilité d’achat de serpents
venimeux et la difficulté d’obtention d’antivenins.
Situation du corps médical
face aux envenimations par serpents exotiques
Au cours du cursus
universitaire médical français, il n’existe pratiquement pas de formation
concernant les animaux venimeux et a fortiori traitant des envenimations
entraînées par les animaux exotiques. Le corps médical français est donc peu
préparé à la prise en charge de patients mordus pas leurs serpents tropicaux.
Face à l’augmentation régulière du nombre de reptiles élevés dans notre
pays, un enseignement universitaire pourrait être dispensé, d’autant plus
que les médecins français peuvent être confrontés à des envenimations au
cours de circonstances diverses (postes dans les DOM-TOM, missions humanitaires,
rapatriements sanitaires de touristes français envenimés à l’étranger, ce
qui est de plus en plus fréquent vu le développement du tourisme mondial).
La conduite à tenir résumée
dans le tableau I insiste tout particulièrement sur l’utilisation des
antivenins. Pour éviter toute complication, ceux-ci ne doivent être injectés
à l’hôpital que lors d’envenimations patentes avec troubles
loco-régionaux extensifs et/ou troubles de l’hémostase liés à une action
toxique. Les antivenins modernes doivent être considérés comme des
médicaments indispensables pour traiter correctement des envenimations
sévères. Il est en effet illusoire d’espérer juguler des troubles de l’hémostase
entraînés par des vipères africaines en apportant simplement des facteurs de
la coagulation qui seront rapidement consommés. De même, il est impossible d’obtenir
rapidement une respiration autonome chez un patient présentant un syndrome
cobraïque si l’on n’utilise pas d’antivenin spécifique.
Il n’existe pas en France de
structure publique possédant les moyens financiers et humains permettant la
gestion d’une banque d’antivenin la plus complète possible. En résume, les
hôpitaux et le système de santé français renvoie la balle aux éleveurs en
leur demandant de se responsabiliser. Le résultat n’est pas satisfaisant et
implique des moyens au coût exorbitant ainsi qu’une importante dépense d’énergie
qui n’est pas toujours couronnée de succès.
Conclusions
La mode des "nouveaux
animaux de compagnie" n’est pas sans conséquence médicale. Les
accidents d’envenimations restent peu fréquents mais leur nombre augmente
régulièrement (de 1-2 cas/an au début des années 90, à 4-5 cas/an colligés
au CAP de Marseille. Le système de santé français n’est pas préparé à la
prise en charge des patients envenimés par des animaux exotiques. Nous pouvons
dès lors nous demander si la société doit supporter les conséquences d’un
tel hobby sachant qu’il existe des espèces inoffensives et tout aussi
intéressantes pour les passionnés.
Conduite à tenir en cas de morsure par un serpent exotique en France métropolitaine - L. de Haro

hyménoptères - Envenimation par les vipères et immunothérapie
IMMUNOTHÉRAPIE ANTIVENIMEUSE
DES ENVENIMATIONS VIPÉRINES
POUR UNE APPROCHE PLUS RATIONNELLE D'UN TRAITEMENT EMPIRIQUE
Cassian BON - Unité des Venins
Institut Pasteur - PARIS
Résumé
L’immunothérapie
antivenimeuse quoique plus que centenaire (sa découverte par Albert Calmette a
été publiée en 1894) est encore utilisée de manière empirique. Cette note
présente des études cliniques et expérimentales récentes, réalisées par
l'Unité des Venins de l'Institut Pasteur, qui montrent comment une meilleure
compréhension du mécanisme d'action de l'immunothérapie antivenimeuse permet
de la rendre plus efficace et plus sûre.
1. Introduction
Les envenimations ophidiennes
sont un important problème de santé, notamment dans les pays en voie de
développement où il est recensé chaque année 5 millions d'envenimations et
40.000 décès [1, 2]. En France, les envenimations vipérines sont moins
fréquentes (quelques milliers de cas par an) et moins graves en raison du
faible danger que représentent les vipères européennes [3, 4].
Les venins sont constitués à
95% de protéines qui peuvent être classées en trois groupes : les toxines (neurotoxines,
cardiotoxines, myotoxines, cytotoxines ...), les protéines non toxiques mais
possédant une activité pharmacologique importante et les enzymes qui
contribuent à la digestion des proies [5]. Ces protéines combinent leurs
actions physiopathologiques et sont responsables de la plus grande part des
symptômes observés au cours de l'envenimation. Ce sont donc elles qu'il faut
neutraliser pour réduire la toxicité des venins [5].
La sérothérapie antivenimeuse
découverte par Albert Calmette en 1894 [6], est le seul traitement spécifique
des envenimations [7]. A l'origine la sérothérapie antivenimeuse consistait en
l'injection de sérums d'animaux hyperimmunisés contre le venin, d'où son nom.
De nos jours, le terme d'immunothérapie est préférable car les préparations
antivenimeuses ne sont plus constituées de sérum mais d'immunoglobulines ou de
fragments d'immunoglobulines purifiées. Pour définir ce type de préparation
nous utiliserons le terme d'antivenin, plus général et introduit par
Albert Calmette dès 1894 [6].
2. Étude clinique et biologique des
envenimations vipérines en France
La gravité des envenimations
vipérines varie d'une morsure à l'autre et, contrairement à plusieurs autres
interprétations (venin plus ou moins toxique, injection du venin dans une veine
…), ces différences pourraient dépendre de la quantité de venin injecté
lors de la morsure. Pour tester cette hypothèse, nous avons mis au point un
dosage ELISA permettant de mesurer la concentration du venin dans le sang des
patients envenimés [8] et avons réalisé une étude clinique et biologique des
envenimations vipérines en France [3, 4]. Les résultats de cette étude nous
ont permis d'établir une gradation clinique des envenimations en quatre niveaux
et de mettre en évidence une corrélation entre le grade maximal de
l'envenimation et la concentration de venin dans le sang des patients (Tableau
1) [3, 4]. Ainsi, la dose de venin administrée lors de la morsure est le
paramètre principal qui détermine la gravité de l'envenimation.
Compte tenu de la gravité des
symptômes observés et de leur évolution défavorable malgré l'application de
traitements symptomatiques appropriés, il est recommandé de pratiquer une
immunothérapie antivenimeuse dans les cas d'envenimations graves (grades 2 et
3), pour lesquelles des quantités importantes de venin sont dosées dans le
sang des patients (Tableau 1) [3, 4]. Par contre, un traitement symptomatique
semble suffisant lors d'envenimations bénignes ou modérées (grades 0 et 1),
en raison de la faible quantité de venin injecté [3, 4]. Cette étude montre
également que le test ELISA possède un caractère pronostique car les
symptômes de l'envenimation apparaissent tardivement (le grade maximum de l’envenimation
peut être atteint 24 ou même 48 heures après la morsure) par rapport aux
concentrations sanguines mesurées moins de 4 heures après l’accident [4].
Une étude comparable a été
réalisée en Martinique dans le cas d'envenimations par le serpent Fer de Lance
Bothrops lanceolatus [9, 10]. Il a également été observé une
corrélation entre le grade de l'envenimation basé sur les symptômes cliniques
et les concentrations de venin présentes dans le sang. Les auteurs émettent
des conclusions analogues concernant l'immunothérapie antivenimeuse.
3. Approche expérimentale de l'immunothérapie
antivenimeuse
Le dosage ELISA du venin dans
le sang nous a permis aussi de suivre l'évolution du venin dans l'organisme au
cours de l'envenimation. Une étude pharmacocinétique expérimentale réalisée
chez le lapin indique que, si l'absorption du venin à partir du site
d'injection est rapide (moins d'une heure), son passage dans le compartiment
vasculaire est un phénomène lent comparativement à sa vitesse d'élimination
[4]. Ceci contribue à maintenir un taux élevé de venin dans le compartiment
central longtemps après le début de l'envenimation. Cette conclusion est en
accord avec les observations cliniques qui montrent que les symptômes
apparaissent lentement et se maintiennent durablement [4].
Cette étude a été poursuivie
par l'analyse des effets de l'immunothérapie antivenimeuse sur la
pharmacocinétique du venin [11, 12]. Dans ce cas, le venin radiomarqué à
l'iode 125 est détecté à la fois par ELISA et par mesure de la
radioactivité. Cette double détermination permet de mesurer par ELISA le venin
libre (non complexé aux anticorps de l'antivenin) et par la radioactivité le
venin total (qu'il soit libre ou complexé aux anticorps). Nous avons observé
que l'antivenin, injecté par la voie intraveineuse, induit une redistribution
du venin du compartiment extravasculaire vers le compartiment vasculaire (la
mesure de la radioactivité indique que la concentration de venin total augmente
dans le plasma) où il est immunocomplexé par l'antivenin puisque le dosage
ELISA indique que sa concentration libre décroît jusqu'à une valeur nulle. Ce
phénomène de redistribution des antigènes au cours d'une immunothérapie a
été très bien étudié dans le cas d'intoxications dues aux digitaliques, à
la colchicine et à la phencyclidine [13-16]. Les anticorps, qui se distribuent
principalement dans le compartiment central, diminuent fortement la
concentration des drogues libres dans le compartiment vasculaire, ce qui a pour
effet d'établir un gradient de concentration entre les compartiments
extravasculaires où sont distribuées les drogues, et le compartiment central
(vasculaire) où elles sont attirées puis neutralisées par les anticorps. C’est
ce mécanisme qui rend compte des phénomènes observés après injection
intraveineuse d'antivenin dans le cas des envenimations par le venin de vipère
[17].
Lorsque nous avons réalisé
notre étude, la voie d'injection recommandée en France pour l'administration
de l'antivenin était la voie intramusculaire. Nous avons donc comparé les
effets d'injections intraveineuses ou intramusculaires sur la pharmacocinétique
du venin. Notre étude a clairement montré que la voie intramusculaire est
moins efficace que la voie intraveineuse. Non seulement l’effet de l’antivenin
est moindre mais son action est retardée dans le temps de plusieurs heures
[17]. Ceci est aisément explicable : injectés par voie intramusculaire
les anticorps sont lentement absorbés vers le compartiment central et 50%
d'entre eux seulement atteignent ce compartiment [18], tandis qu'après une
injection intraveineuse leur biodisponibilité est de 100% et leur concentration
plasmatique est immédiatement maximale. Cette observation a contribué de
manière déterminante au remplacement de l'antivenin IPSER Europe®,
qui ne pouvait être utilisé que par voie intramusculaire, par le Viperfav®
utilisable par voie intraveineuse.
Certains auteurs ayant
recommandé l'utilisation de fragments monovalents F(ab) d'immunoglobulines de
préférence aux fragments divalents F(ab')2 pour la préparation des
antivenins, nous avons comparé la capacité des fragments Fab et F(ab')2
à neutraliser in vivo le venin de vipère. Il est apparu qu'après une
injection bolus par la voie intraveineuse la neutralisation est
incomplète et fugace avec les F(ab), tandis qu'elle est totale et durable avec
les F(ab')2 [17]. Cette différence s'explique en comparant les
pharmacocinétiques des F(ab) et des F(ab')2 : les Fab ont une
vitesse d'élimination plus rapide que celle des F(ab')2 (quelques
heures comparées à quelques jours) et ils sont donc éliminés de l'organisme
plus rapidement que le venin de vipère, ce qui explique leur action fugace dans
le traitement des envenimations vipérines en Suède [19, 20].
Une analyse cinétique de
l'envenimation vipérine chez l'homme a aussi été réalisée en dosant les
concentrations plasmatiques de venin par ELISA chez des patients modérément et
sévèrement envenimés (grades 2 et 3) [4]. Comme dans le cas de l'étude
expérimentale réalisée chez le lapin, le venin apparaît rapidement dans le
compartiment vasculaire des patients. La concentration maximale de venin est
atteinte trente minutes après l'envenimation. Le venin est ensuite éliminé
lentement avec une demi-vie de plus de 8 heures tandis que les symptômes de
l'envenimation n'atteindront leur développement maximum que 12 à 24 heures
plus tard [4]. Ceci montre que la décision de pratiquer une immunothérapie
doit être prise rapidement, même si les symptômes de l'envenimation n'ont pas
atteint leur degré maximal.
4. Les antivenins : réduction de leurs effets
secondaires
L'immunothérapie antivenimeuse
peut entraîner des réactions secondaires graves dans 6 à 7% des cas [21, 22].
Ces réactions sont dues en grande partie aux protéines hétérologues
présentes dans les antivenins peu purifiés et des efforts importants ont été
réalisés au cours de ces dernières années, notamment en France, pour
améliorer la qualité des antivenins. Ainsi l'IPSER Europe a-t-il été
remplacé par le Viperfav® dont le processus de fabrication et de
purification et l'étape de pasteurisation finale confèrent aux fragments
F(ab')2 équins des niveaux de pureté élevée [23, 24]. Une étude
récente montre qu'aucune complication modérée ou sévère imputable au
Viperfav® n'a été observée dans une série de 48 patients
traités avec cet antivenin [25].
D'autres auteurs ont proposé
de produire les antivenins à partir d'autres animaux que le cheval. La chèvre
et le mouton sont souvent suggérés car leurs immunoglobulines sont moins
immunogènes que les immunoglobulines équines [26, 27]. Ainsi une étude
multicentrique, réalisée dans le cas de 30 patients suédois, a démontré
l'efficacité et l'absence d'effet secondaire d'une préparation de fragments
F(ab) ovins spécifiques du venin de Vipera berus [19].
5. Contrôle de l'efficacité
de l'immunothérapie antivenimeuse
Selon les recommandations de
l'OMS [28], les antivenins doivent être testés in vitro pour leur
capacité à neutraliser la toxicité des venins contre lesquels ils sont
dirigés. Le venin et l'antivenin sont mis en contact dans un tube à essai,
puis la solution est injectée à un animal pour déterminer la létalité
résiduelle du mélange. Le pouvoir protecteur indique le nombre de doses
létales 50 (DL50) du venin neutralisé par unité de volume (ou de
masse) de l'antivenin [28]. En fait ce test permet de déterminer la capacité
d'un antivenin à neutraliser un venin après que le complexe
anticorps-antigène soit formé, mais il ne rend pas compte de la capacité de
l'antivenin à neutraliser le venin in vivo, et notamment à réduire
l'intensité des symptômes cliniques apparus au cours de l'envenimation. Il
semble donc important de développer d'autres méthodes permettant de définir
l'efficacité in vivo des antivenins.
Le dosage par ELISA de la
concentration plasmatique de venin libre (non neutralisé par les anticorps)
après immunothérapie devrait permettre une première évaluation in vivo
de ce traitement. De fait, plusieurs études réalisées dans le cas d’envenimations
par des serpents exotiques ont montré que les antigènes du venin sont
indétectables par ELISA après injection d'une dose cliniquement efficace d'antivenin
[29]. Ainsi il serait souhaitable qu’une étude comparable soit réalisée en
France dans le cas des patients traités par ViperfavÔ pour s’assurer que la
dose d’antivenin administrée est suffisante pour neutraliser efficacement le
venin.
Une étude récente illustre
également l'intérêt de l’utilisation des dosages ELISA du venin dans le
sang des patients pour comparer l'efficacité de deux préparations d'antivenin,
l'une composée de F(ab')2 (l'antivenin IPSER Africa) l'autre de Fab
(l'antivenin EchiTab) dans le cas d'envenimations par Echis ocellatus
[20]. Le dosage par ELISA du venin libre après traitement montre que la
neutralisation du venin est de plus courte durée avec les Fab d'EchiTab qu'avec
les F(ab')2 d'IPSER Africa, en bon accord avec la réapparition des
symptômes cliniques observés chez les patients traités par EchiTab mais pas
chez ceux traités par IPSER Africa [20].
6. Conclusion
Plusieurs voies de recherche
complémentaires ont été explorées et devront être poursuivies de manière
à optimiser l'utilisation de l'immunothérapie antivenimeuse. Les analyses
pharmacocinétiques du venin et de l'antivenin injectés séparément ou
combinés l'un à l'autre permettent de mieux comprendre les mécanismes de la
neutralisation du venin in vivo au cours de l'immunothérapie. Elles
doivent être généralisées à d'autres couples de venins (de cobra, de
crotale, de scorpion …) et d'antivenins et être complétées par des études
pharmacodynamiques.
Les dosages ELISA réalisés,
soit au laboratoire au cours d'études rétrospectives, soit au chevet du
patient au moyen de tests rapides, permettent un contrôle précis et adapté de
l'efficacité de l'immunothérapie antivenimeuse. Ils devraient être
généralisés, et sans doute aussi reconnus de manière formelle par l'OMS et
les différentes instances nationales, comme un moyen commode et fiable pour la
mise au point de tests d’évaluation biologique de l'efficacité des
antivenins et de leur utilisation.
D'un autre point de vue, la
réduction des effets secondaires dus à l'utilisation des antivenins semble
pour l'avenir être liée à une meilleure purification des fragments Fab et/ou
F(ab')2.
Grade
Symptômes
Taux de venin(ng/ml)
0
Trace des crochets au niveau de la morsure, absence de réaction locale
1,0 ± 0,3
1
Trace des crochets et œdème local, absence de signes généraux
5,0 ± 1,8
2
Œdème régional du membre et/ou symptômes généraux modérés (hypotension modérée, vomissements, douleurs abdominales, diarrhée)
32 ± 7
3
Œdème extensif atteignant le tronc et/ou symptômes généraux sévères (hypotension prolongée, choc, réaction anaphylactoïde, saignements)
125 ± 50
Tableau 1 - Gradation clinique des envenimations vipérines et taux de venin dans le sang des patients - C. Bon
concentration déterminée par ELISA moins de 4 heures après la morsure, comme décrit par Audebert et al.Références
Éditorial
Dossier : piqûre d'hymenoptères - Envenimation
par les vipères et immunothérapie
morsures de
serpents exotiques - Immunothérapie
antivenimeuse vipérines
Choc thermique dans l'envenimation par vives et rascasses
Notes de lecture
EFFICACITÉ DU CHOC THERMIQUE DANS LE TRAITEMENT DES
ENVENIMATIONS PAR VIVES ET RASCASSES
EXPÉRIENCE DU CAP DE MARSEILLE AU COURS DE L’ÉTÉ 1999
Par HARO L., PROST N., ARDITTI J.,
DAVID J.-M., VALLI M., CAP, Hôpital Salvator, Marseille
Objectif
: Les vives (genre (Trachimus) et les rascasses (genre Echiichtys
et Scorpaena) sont responsables de nombreuses envenimations sur la côte
méditerranéenne française. Le Centre Antipoison de Marseille conseille lors
de telles envenimations de réaliser ce que nous appelons un "choc
thermique". Celui-ci consiste à pratiquer une brutale variation de la
température locale en approchant durant 2 minutes une source de chaleur
(cigarette ou sèche-cheveux) puis en appliquant un glaçon dans un linge. Afin
d’évaluer l’efficacité de ce traitement, les auteurs ont suivi durant 48
heures l’évolution des l’évolution des patients ainsi traités.
Série : 43 observations ont été
colligées entre le 1/6 et le 30/9 1999. Les patients étaient 31 hommes et 12
femmes, d’âge moyen 34,19 ans. Le "choc thermique" a été
réalisé chez 35 patients (délai moyen entre la piqûre et le traitement : 42
mn). Pour ces patients, les douleurs ont disparu après un temps moyen de 25 mn
et pour ceux qui présentaient un oedème (n=22), celui-ci a disparu après 122
mn en moyenne. 8 patients qui ont refusé le "choc thermique" ont
présenté des douleurs et/ou un oedème durant un temps moyen de 27,6 h. Pour 5
d’entre eux, des antalgiques centraux ont été administrés et, pour 2
autres, des blocs plexiques réalisés. Les 2 types de traitement ont été
décrits par ces patients comme inefficaces.
Conclusion : Le "choc thermique" permet d’obtenir une
importante diminution des symptômes en cas de piqûre de vive ou de rascasse.
Ce traitement doit être effectué le plus rapidement possible pour le confort
du patient.
La clozapine est un médicament antipsychotique responsable d'agranulocytose chez environ 1 % des malades traités. Le système de pharmacovigilance australien vient de montrer que ce médicament peut également être responsable d'autres accidents thérapeutiques graves, à tropisme cardiaque Dans une cohorte de 8000 malades traités par la chlozapine, ils ont observé 15 cas de myocardite et 8 de cardiomyopathie. Tous les cas de myocardite sont survenus au cours des trois premières semaines de traitement ; 5 (/15) des malades sont décédés. L'examen anatomopathologique a montré des infiltrats à éosinophiles du muscle cardiaque et une myocytolyse ; ces lésions sont évocatrices d'une réaction immunoallergique. (Kilian JG et al. Lancet 1999 ; 354 : 1841-1845).
La galère marginée (Galerina marginata) est rarement responsable d'intoxications humaines parce que c'est un petit champignon rarement cueilli. En revanche, les intoxications qui résultent de son ingestion sont graves, car comme l'amanite phalloïde, elle contient de l'alpha-amanitine. Des auteurs allemands ont récemment rapporté l'intoxication d'une femme de 28 ans qui a développé un syndrome dysentérique, une cytolyse hépatique et une insuffisance hépato-cellulaire après en avoir consommé. L'intoxiquée a bénéficié d'une transplantation hépatique à J6.(Zilker et coll. J. Toxicol. Clin. Toxicol. 1999 ; 37 : 417-48)
Rubrique animée par R. GARNIER
Éditorial
Dossier : piqûre d'hymenoptères - Envenimation
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Notes de lecture